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Grippe porcine, et les pays pauvres ?

Quand quelques heures d’avion suffisent à mettre en contact ceux qui vivent avec cochons et canards et ceux qui, deux océans plus loin, ne quittent qu’à regret les atmosphères climatisées, le risque d’une pandémie planétaire somnole.

En fin de semaine dernière, l’Organisation mondiale de la santé a ainsi constaté qu’un virus combinant des gènes de la grippe porcine et de ses homologues aviaire et humain avait infecté des Mexicains et des Américains. Toute la semaine, avec cette espèce de curiosité mêlant inquiétude et soif de d’imprévu, nous avons découvert tous les matins avec le café le dernier cas suspect, le dernier pays touché. Vendredi, la nouvelle tombait enfin, tous les continents avaient désormais leur cas. De plus, il était avéré que la maladie s’était transmise directement entre humains. La pandémie était imminente. On allait enfin voir ce qu’on allait voir.

bateauCertains esprits chagrins se sont demandés pourquoi la réévaluation par deux fois du niveau d’alerte n’entrainait pas de mesures plus drastiques. De fins esprits  se sont même dits que si le premier cas à Shangaï étaient un voyageur revenant du Mexique, si le premier cas allemand avait été infecté par un ami californien, il était peut être nécessaire de restreindre quelque peu, quelques jours durant, les vols au départ ou à destination des foyers de l’épidémie.

Mais, l’OMS n’appelle pas à une restriction du trafic mondial. Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique protestent quand leurs porcs sont interdits d’importation et les mexicains s’indignent quand de leurs ressortissants sont mis en quarantaine. D’ailleurs, les dernières informations montrent que les infections diminuent au Mexique, que la grippe se soigne bien ailleurs. On peut même se demander pourquoi un tel battage médiatique et à qui profite le crime…

Inutile donc de craindre un scénario à la marseillaise. En 1720, pour que le commerce prospère, des étoffes en provenance de Syrie avaient été déchargées d’un bateau alors que l’équipage était tenu en quarantaine en raison d’une suscpision de peste. Les puces cachées dans les draperies eurent tôt fait de décimer la population marseillaise (400.000 morts) et de l’arrière-pays malgré la tentative d’édification d’un hypothétique « mur de la peste » dans les colines provençales.

Aujourd’hui, l’OMS dit ne pas savoir « à quel point la pandémie peut être grave ou bénigne » mais le scénario le plus probable, selon les spécialistes, est celui d’une accalmie durant l’été suivie d’une reprise à l’automne que les pays riches devraient pouvoir juguler, forts de leurs stocks de Tamiflu (penser tout de même à vérifier les dates) et de leurs infrastructures de santé.

Et les pays pauvres ?

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Petit traité d’éradication d’un service public

Le secrétaire national de l’UMP en charge de la santé, le Professeur Juvin, affirmait le week end dernier que 10.000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux français du fait de « l’exercice de la médecine ». Selon lui, ces décès dus à des « erreurs d’organisation » sont « évitables » en mettant en oeuvre à l’hôpital « l’analyse systémique des risques » que l’on doit à l’aéronautique.

Ah on ne se lasse pas de ces annonces tirées du manuel du bon petit soldat du libéralisme, au chapitre « éradication d’un service public » :

Première étape : Mise en exergue de mauvais résultats

Il faut tout d’abord trouver une unité. Pour l’hôpital, c’est le décès accidentel. Pour l’école, c’est le jeune-qui-lit-mal-à-l’entrée-en-sixième. Pour l’université, c’est le jeune-qui-quitte-le-système-scolaire-sans-diplôme. Pour l’ANPE, c’est le ratio nombre de chômeurs en France/offres d’emploi non pourvues. Pour le docker de Marseille, c’est le nombre d’heures travaillées par rapport à ses homologues barcelonais. Ensuite, il faut mettre un chiffre extravagant devant, extrapolé d’une étude américaine ou carrément sorti du cerveau d’un salarié dérangé de l’ANPE (souvenez-vous).

Seconde étape : Coupes budgétaires et propositions fantoches

Fermez des lits, diminuez le nombre de postes d’enseignants, supprimez la pub sur France télévision… Mais attention, pour masquer votre incurie, proposez des solutions… les plus ineptes possibles,  retour à l’apprentissage ancestral de la lecture et autre analyse systémique… à un personnel accablé… mais assuré de votre magnanime soutien.

Troisième étape : liquidez ce qui reste à liquider

Vous avez gagné, la qualité des services s’est dégradée. Les français mettent leurs mômes chez les curés. Ils vont se faire soigner dans le privé. Il ne reste plus qu’à vendre France 4 et France 5 pour pas cher à Bolloré.

Et puis, si, sans donner un blanc seing au public, vous vous demandez si la privatisation des services publics est bien la solution à l’échec scolaire, à la médecine à deux vitesses etc…, vous faites probablement partie des 63 millions de cons qui peuplent ce pays-de-merde auxquels le porte parole de l’Elysée pensait très fort lorsqu’il déclarait début janvier :  » L’impulsion politique est en totale rupture. Mais la difficulté est de faire embrayer l’administration, le Parlement, les institutions »…

On espère qu’entre deux formulaires les médecins pourront soigner quelques malades…