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Qu’apprend-on aujourd’hui dans le canard enchaîné ?

Et bien on apprend que certaines caisses d’allocation familiales baissent le rideau une journée par semaine, voire plusieurs jours consécutifs pour tenter d’écluser les dossiers qui s’accumulent. A savoir, la transformation des différents minima sociaux en RSA, les inscriptions des petits nouveaux particulièrement nombreux ces temps-ci et … l’attribution de la prime de 200 euros que notre bon Président a bien voulu accorder dans son immense générosité aux familles les plus modestes.

C’était il y a deux mois et un débloquage rapide de ce petit coup de pouce (200 euros, c’est pas Bysance) aurait pu donner un (petit) coup de fouet à l’économie. Qui sait ? Les pauvres auraient pu se laisser griser, se ruer vers les supermarchés, peut-être même avoir confiance en leurs dirigeants, capables d’empathie et de réactivité ?

Mais on a fait l’annonce. Le P(Q)arisien a titré docilement « le virage social de Sarkozy ». Et puis on attend, on attend que l’administration décimée ait éclusé ses piles de dossier. On attend que les boîtes aient crevé, que les mecs se soient faits licensiés. Et dans deux mois pour les plus chanceux, dans six mois pour les autres, les chômeurs recevront leur petit chèque. Mais alors, il sera trop tard. Sarkozy n’aura pas fait pas de la relance, il aura fait l’aumône.

A vrai dire, on n’en est pas à notre première désillusion vis-à-vis de la capacité de nos gouvernants à gérer cette crise économique. Pour sortir du marasme, il a d’abord été question de relancer la construction de routes, constructions que l’on croyait enterrées depuis le Grenelle de l’Environnement. Ensuite, on nous a parlé TGV … omettant les procédures interminables qui renvoie le premier coup de pioche aux calendes grecques, quand bien même on aurait trouvé (sous le sabot d’un cheval) les 8 à 11 milliards d’euros pour relier Marseille et Nice, par exemple. Finalement, c’est presque le plan de rénovation des cathédrales qui parait le plus pertinent. Pas trop long à mettre en oeuvre, pas trop préjudiciable pour l’environnement…

Dans ces cathédrales, on pourra prier pour le Salut de notre Président que la Canard enchaîné, encore lui, dépeint comme plus occupé à lire les sondages neuilléens qu’à mettre de la cohérence dans son action. Selon l’hebdomadaire satyrique mais bien informé, il s’apprêterait à proposer un siège de député européen à la députée de Neuilly. Des élections législatives anticipées seraient organisées en Septembre. Un certain Jean Sarkozy, 23 ans tout juste, serait candidat.

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Défiscalisation des heures sup, déshabiller Pierre pour habiller Paul

A peine élu, le candidat du « TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS » a légitimement fait adopter un ensemble de mesures appelé « paquet fiscal » ou loi TEPA (pour travail, emploi et pouvoir d’achat) censé donner corps à son programme électoral. Certaines mesures ont été un peu controversées comme « l’aménagement » de l’ISF, le bouclier fiscal à 50 % ou l’allègement des droits de succesion. Cruellement pour certains, sans surprise pour les autres, le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers n’a pas été rétroactif. La défiscalisation des heures supplémentaires a été la plus consensuelle de toutes les mesures. Elle était censée mettre en application le slogan présidentiel et favoriser la « working class ».

Jeudi 29 janvier, le Figaro relatait en avant première le rapport que Bercy a consacré à cette mesure. Dans un article intitulé « le succès de la loi sur les heures sup« , il rapportait que 5,5 millions de salariés ont réalisé 750.000 heures supplémentaires en 2008. Rappelant que ces chiffres ne peuvent être comparés faute de données sur la situation pré-éxistante à la loi TEPA, le quotidien de droite extrapolait pourtant : « la loi Tepa a donc accru de 20% le montant des heures supplémentaires effectuées en France » pour retomber sur ses pattes d’avionneur : « Un franc succès mais pas une révolution ». Il omettait en revanche, comme c’est dommage, de donner les points de vue divergents tels ceux de l’opposition et de certains économistes.

C’est dommage parce qu’à l’inverse, le Monde titrait : « la défiscalisation des heures sup’ n’a pas eu l’effet escompté« . Il relayait largement le point de vue du Président socialiste de la Commission des finances de l’assemblée nationale, Didier MIGAUD. Ce dernier soulignait en effet dans un communiqué que le nombre d’heures supplémentaires réalisées et le gain pour les bénéficiaires, bien que surévalués dans le rapport, sont très inférieurs aux estimations avancées en 2007.

Libération relayait quant à lui la seconde critique de Migaud en titrant :  » Les heures supplémentaires ont-elles un coût démesuré ?« . Le quotidien de gauche se préoccupait du coût élevé de la mesure (estimé à 4,4 milliards d’euros par an dans le rapport), supporté qui plus est par des finances publiques très dégradées, par rapport à son impact sur l’économie. Il mettait également en doute sa pertinence dans le contexte actuel de forte remontée du chômage.

L’économiste Eric Heyer interviewé par le Monde confirmait bientôt ces doutes. Selon lui, les entreprises ont préféré avoir recours aux heures supplémentaires et se séparer de leurs CDD et intérimaires. Il estimait qu’en ces temps de crise, cette mesure a « ajouté du chômage au chômage ».

En prenant un peu de recul, on peut se désoler du relatif désintérêt de la presse pour ce rapport (à ma connaissance, seulement 4 articles dans les trois quotidiens de référence). Il est vrai que le changement de conjoncture rend l’évaluation complexe et qu’il est plus facile et probablement plus vendeur de traiter le plan de relance. Mais, les Français qui ont assez massivement adhéré au « travailler plus pour gagner plus » de la campagne présidentielle ne méritent-ils pas de connaitre les résultats de la mesure censée mettre en pratique ce slogan ? Mais, il est encore temps d’y consacrer un dossier.

Le cartésien idéaliste que je suis aimerait en effet que soit démêlée la controverse qui pourrit littéralement le débat politique français (et la vie des Français) depuis 10 ans. Celui-ci oppose les tenants du « travailler plus gagner plus », « le travail, ça ne se partage pas » et autres « le travail fait le travail » à ceux qui ont promulgué les 35 heures espérant faire baisser le chômage et améliorer la qualité de vie des Français.

Mais peut-être doit-on faire une croix sur l’idée d’une politique économique éclairée, au moins dans ses grandes lignes, par la raison ? Et accepter que les discours idéologiques de droite ou de gauche aient le dessus. Que la politique se résume à la grande loterie des élections.

Dans cette hypothèse, notons alors que la gauche, que la détestation populaire des 35 heures finement orchestrée par la droite a tenu éloigné du pouvoir depuis plus de 10 ans, bénéficie là d’un puissant levier pour inverser la vapeur. En effet, si l’on s’en tient aux observation d’Eric Heyer, force est de constater que la seule mesure de la TEPA destinée aux catégories populaires enfonce en fait encore plus les précaires pour maintenir la tête des travailleurs modestes hors de l’eau. En fait ce gouvernement donne aux plus riches et, pour aider les pauvres, on déshabille Pierre pour habiller Paul. Voilà le vrai visage du « travailler plus pour gagner plus ».

Remboursez les 10 milliards !

Où l’on apprend que les 10 milliards qui ont disparu cette année du budget de l’Etat ont été donnés en cadeau aux plus aisés…

C’est passé presque inaperçu, au milieu de la guérilla socialiste, des charrettes de licenciements, des Ministres qui se dézinguent gaiement et des Parlementaires qui amendent follement. Bercy a annonçé un déficit du budget de l’Etat à hauteur de 51 milliards pour 2008 en lieu et place des 41 initialement prévus. Le gap, comme on dit, s’élève à 10 milliards d’euros.

10 milliards, c’est une somme. Ca vaut quand même le coup de s’interroger. Voici une tentative d’explication.

La première mesure du gouvernement a été de decrêter dès 2007 qu’un foyer ne peut pas se départir de plus 50 % de son revenu au profit des impôts. C’était le fameux bouclier fiscal à 50 %. Mesure très critiquée, son coût n’est « que » de 800 millions d’euros par an (qui bénéficient essentiellement à 40.000 contribuables). On est encore loin des 10 milliards. Mais elle était accompagnée d’autres dispositions assez comparables et encore plus coûteuses comme « l’aménagement » de l’ISF (coût 1 milliard d’euros) et « l’allègement » des droits de succession (plus de 2 millards, la plupart des « petites » successions étant défiscalisées, ce sont les gros patrimoines qui ont bénéficié du gros de la ristourne).

Reste, le crédit d’impôt (4 milliards) sur les intérêts d’emprunts immobiliers. Plafonné , il a profité à la même hauteur à tous, aisés ou non (suffisamment riches toutefois pour se lancer dans l’acquisition d’une maison, donc pas les fameux travailleurs pauvres). Enfin, la défiscalisation des heures supplémentaires a probablement moins profité aux cadres supérieurs qu’aux salariés. Un peu de justice… Mais, d’un montant global estimé à 2 milliards d’euros, cette mesure a permis à un salarié d’augmenter son salaire annuel de … 110 euros pour 32 heures supplémentaires réalisées sur la même période.

En revanche, pour les gens qui ne paient pas d’ISF, qui n’ont pas fait de grosse succession, n’achètent pas de maison et dont les boîtes n’ont pas fait d’heures sup, à moins qu’ils n’aient carrément pas de boulot : nada.

Au final, l’ensemble de ces mesures, c’est à dire le « paquet fiscal », dont nous venons de voir qu’il a constitué en un abaissement massif des impôts des plus riches, de quelques miettes aux classes moyennes et de rien du tout pour les plus précarisés, a engendré en 2008 une baisse de 10 milliards d’euros des ressources fiscales de l’Etat. Les mêmes qui manquent aujourd’hui. Tiens, tiens …

Mais peut être que sans le paquet fiscal, le déficit aurait atteint 60, 70 ou 100 milliards d’euros ? Le fameux « choc fiscal ». Peut-être. Observons toutefois que la logique de soutien de la demande (aux ménages, qu’ils soient riches ou pauvres) a été complètement abandonnée dans le plan de relance présenté ces jours-ci. Faut-il une meilleure preuve de l’inefficacité de ce genre de mesure. Allez, faisons simple : on a d’abord vider les caisses pour faire un gros cadeau aux plus aisés après les élections avant de puiser dans les caisses vides pour cette fois-ci s’occuper sérieusement de l’économie. Où est l’intérêt général ? Remboursez les 10 milliards.

Et dire que l’électorat de la droite a été constitué d’une part plus importante qu’à l’habitude de gens modestes. Déçus par les partis politiques que les 30 piteuses ont réduits à l’impuissance mais séduits par la personnalité de celui qui est devenu le Président de la République, ils peuvent maintenant dire à la manière de Renaud « une fois de plus nous nous sommes faits mettre ».

Plus sérieusement, on voit que le gouvernement veut revenir par tous les moyens sur le principe qui veut que l’on donne en impôts une proportion d’autant plus importante de son revenu que celui-ci est élevé, c’est à dire sur la progressivité de l’impôt établie avec la création de l’impôt sur le revenu en 1914. On voit également, qu’il veut bien consentir à quelques aides aux classes moyennes mais vraiment pas grand chose aux personnes en bas de l’échelle. Qu’ils se débrouillent pour remonter et alors on les aidera à acheter des maisons et à les transmettre.