Archive for the ‘gad elmaleh’ Tag

De la merde dans les têtes

Les cadres de l’assureur AIG touchent 120 millions d’euros de prime. « C’est scandaleux, ce groupe a survécu grâce à l’argent des Américains » entend-on  Outre-Atlantique. Et Obama fait voter une loi qui impose à 90 % les primes des cadres du groupe. « Bravo, ça c’est l’Amérique » s’égosillent nos chroniqueurs radio. Et Sarkozy d’embrayer avec les stock options que les quatre de la Société générale voulaient s’octroyer pas très élégamment. Ils renoncent. Et c’est le tour du patron de Valéo…

Que de ressentiments envers les patrons, les banquiers et les patrons banquiers. Encore un petit effort et on va finir par comprendre à quoi servent les impôts. Hô hisse, c’est dur de réfléchir. Ca fait mal à la tête. Les impôts, ça n’est pas que pour punir les cadres qui ont mal fait leur travail, ça n’est pas que pour les patrons qui gagnent des millions. Allez, on y est presque. Poussez encore, Madame. Oui, ça vient. Les impôts ça sert à redistribuer l’argent des gens qui en ont à ceux qui n’en n’ont pas assez. Ca y est mais que c’était dur.

Mais, voilà les gens ont de la merde dans la tête. Gad Elmaleh en est le prototype : incapable de réfléchir par lui-même, de sortir des axiomes prémâchés ressassés par l’establishment et ses médias. Il dit « 50 %, ça suffit, c’est déjà énorme ». D’autres disent « on va pas bosser jusqu’au 1er juillet pour rien » (cf Stéphane Guillon sur France inter). Incapables de douter, de se demander si l’africaine qui fait les bureaux, le mec du kiosque en bas ou l’instit des mômes sont à ce point là inférieurs aux « patrons du Cac 40 », s’ils « valent » vraiment 1000 fois, 100 fois, ne serait-ce que 10 fois moins.

Incapables de cette remise en question et pleins de mauvaise foi. Ce qui fait mal à Gad Elmaleh, c’est le montant qu’on lui prélève. Dans sa perspective, plus tu gagnes, plus les impôts qu’on te demande sont énormes et injustifiés. Peu importe ce qu’il lui reste pour vivre. C’est qu’il a peur de manquer le petit Gad. Il ne veut pas se rendre compte que des petits malins s’évertuent à lui créer des besoins et des codes de nouveaux riches : Rollex avant 50 ans pour les plus « modestes », séjours dans les palaces des plages mexicaines, voire tourisme spatial pour les plus fortunés. On entretient sa frustration là ou certains ont du mal à remplir leurs frigos. Avidité, quand tu nous tiens… Je n’irai  pas voir le film de Gad Elmaleh, je ne voudrais pas qu’il ait mal aux impôts qu’il paiera sur mon entrée.

Pourtant la crise est là pour fluidifier la réflexion des imbéciles. Ceux qui amassaient en un an ce que d’autres auraient mis plusieurs vies à gagner et se justifiaient en évoquant leurs RESPONSABILITES ont bien montré qu’ils ne contrôlaient pas grand chose, pas beaucoup plus que la femme de ménage de la Défense ou l’instit de Périgueux. Il faut vraiment avoir la merde bien tassée dans la boîte cranienne pour ne pas se rendre compte, maintenant, que rien ne justifie les inégalités, abyssales ou plus modérées, que connaissent les pays industrialisés, pour ne parler que d’eux.

Pire, si on poussait extrêmement loin la réflexion, on se rendrait compte qu’un peu de redistribution aux USA aurait permis aux Américains modestes d’acquérir une maison, une voiture sans avoir à contracter ces emprunts risqués. Un peu de redistribution aux USA aurait empêché tous les Madoff de jouer avec le feu en proposant ces produits financiers risqués (la fiscalisation très élevée des très hauts revenus rendant ce type d’entreprise peu profitable) et toutes les familles aisées d’avoir trop de pognons à y placer. Autrement dit redistribuer aurait permis d’éviter aux pauvres de faire des conneries en empruntant et aux riches de faire des conneries en spéculant. Tout bénef…

Mais pour en arriver là, faut être au moins prix Nobel… Genre, être capable de ne pas réfléchir en tant qu’individu à qui l’on spolierait la moitié de son butin mais comme observateur de la société et de son fonctionnement. Une vraie prouesse, quoi…

Et si conceptuellement, c’est trop dur, voilà une image :

figure2

Qu’apprend-on ? De la crise de 29 aux années 60, les Etats-Unis ont appliqué un taux d’imposition de près de 90 % sur la dernière tranche des très hauts revenus.  Oui oui, il s’agit bien des Etats-Unis … avant la révolution conservatrice des années 70 et ses jeunes obligés de partir en Irak pour se payer des études, ses hôpitaux qui  vous demandent si vous êtes assurés avant de vous soigner. On appelle cela un taux d’imposition confiscatoire, vous avez bien lu, confiscatoire.  En fait, peu de personnes étaient imposés sur la dernière tranche. Un tel système décourageait les très hauts revenus. Cela n’a pas empêché les dirigeants de s’investir  et le capitalisme de prospèrer. Cela aurait juste découragé les cupides Madoff and Co de monter des affaires risquées. Et puis, ça a été la descente aux enfers…

Et dire qu’en France, depuis une dizaine d’années nos élites « éclairées » veulent nous amener sur cette voie en nous racontant qu’en laissant les riches s’enrichir, la richesse ruissellera vers les pauvres et qu’à l’inverse trop d’impôt tue l’impôt en  faisant fuir le contribuable aisé en Suisse… Résultat un déficit de plus de 100 milliards d’euros en 2009, en partie du aux baisses d’impôts consenties depuis 2000 :

1237298742_graph-bouclier_zoom

Et aujourd’hui, notre triste establishment, l’hebdomadaire Marianne en tête, de disserter sur l’erreur de Sarkozy, lui qui refuse de revenir sur les 3 ou 400 malheureux millions d’euros que représente  le bouclier fiscal.  Et nos médias de relayer l’indignation d’untel ou untel sur les parachutes  dorées, stock options et autres primes accordées aux cadres de l’industrie et des banques. C’est de l’enfumage de nantis et/ou d’imbéciles caractérisé.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce que la crise impose c’est  de remettre à plat le bouclier fiscal mais aussi l’ensemble du paquet fiscal, les baisses d’impôts sur le revenu consentis par Chirac et même les premières niches fiscales concoctées par Jospin.

Et nos pauvres syndicats qui tergiversent sur la suite à donner aux manifestations. C’est pourtant simple les gars. Demandez au gouvernement de faire le point sur les baisses d’impôts consentis depuis 2000 et de faire des propositions pour rétablir la justice et l’efficacité fiscale. Et on voit le 1er mai dans la rue si ça convient, si ça convainc…

Ouvrez vos esgourdes…

Publicités