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Ne tuez pas la poule aux oeufs d’or

03delacroixDevant les associations familiales, le Président annonçait vendredi sa volonté de réformer le congé parental, « Gâchis pour la société dans son ensemble, parce que sont maintenues en dehors du marché du travail près de 800.000 femmes chaque année ». Quel lyrisme. On dirait une fresque de Delacroix. Les femmes, poitrines au vent, s’arrachant à leur marmaille morveuse et hurlante pour le marché du travail qui leur tend les bras, rassurant, protecteur. C’est vrai que le marché du travail avec ces dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires chaque mois, elles doivent lui manquer ces 800.000 femmes ! D’ailleurs, renseignements pris, le congé parental est aussi destiné aux hommes, d’où son nom. Mais ça le Président devait l’ignorer.

Mais, quelques lignes plus loin, le Président se reprend : « L’arrêt de travail ne doit plus être une solution par défaut pour les familles. Il ne peut plus être le mode de garde des jeunes enfants auquel on doit se résigner parce que l’on n’a pas le choix ». Mais nous ne sommes pas des perdreaux de l’année (nous sommes en fait dans notre deuxième année de sarkozysme) et nous savons que c’est maintenant qu’il faut tendre l’oreille.

Et le Président d’annoncer tout de go que 200.000 places supplémentaires d’accueil vont être créées d’ici 2012, le congé parental raccourci favorisera le temps partiel et enfin les parents bénéficieront durant leur congé d’une formation professionnelle et d’une aide renforcé au retour à l’emploi. Rien que ça. Alors, là on a tout compris. On va nous sucrer le congé parental et les promesses resteront lettre morte. Comme tant d’autres.

Mais l’objet de ce billet n’est pas d’analyser la mesure. Lisez plutôt ce billet d’hypos. Il s’agit plutôt d’avertir l’homme qui quelques semaines avant son élection voulait légaliser le crédit hypothécaire et pestait contre ces Français qui épargnaient trop et ne consommaient pas assez.

La France n’est pas le pays que l’on croit. Certes, elle exporte quelques airbus, des EPR (mais pas de rafales même en déroulant le tapis rouge à Kadhafi). Mais son déficit commercial est toujours dans le rouge tendance cramoisie : 40 milliard en 2007, 60 milliard en 2008… La faute aux PME qui n’exportent pas … mais peu importe.

En fait, la France c’est un peu comme l’Afrique.  Son économie tient essentiellement aux bouches qu’il lui faut nourrir, vêtir, distraire…  Une  économie vivrière en somme. Ca n’est pas les de Margerie et autres Proglio qui maintiennent la France à flot et encore moins les cravatés de Bercy ou de l’Elysée. Ceux qui portent le pays à bout de bras, c’est les papas et les mamans de la vie de tous les jours. C’est vrai qu’en ces temps d’hyperpouvoir et d’omniprésidence, c’est dur à entendre. Mais c’est ainsi.

Dans ces conditions, pourrait-on conseiller à notre Président de ne pas tuer la poule aux oeufs d’or. Et les récentes déclarations du Ministre Darcos qui ne fait pas mystère de vouloir supprimer les premières années de maternelle ne sont pas faites pour nous rassurer. Nous prions donc ces gentils politiciens avides d’annonces de ne pas jouer aux apprentis sorciers.

En effet, si les françaises font chacune 2,02 enfants en moyenne, c’est notamment du fait d’une prise en charge précoce des enfants par la collectivité et de prestations sociales généreuses… N’allez donc pas briser ce qui fait la force de la France pour un abaissement de la dépense publique et des charges sociales aux effets illusoires.

Comme on dit, mieux vaut un « tiens » que deux « tu l’auras ».

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Petit traité d’éradication d’un service public

Le secrétaire national de l’UMP en charge de la santé, le Professeur Juvin, affirmait le week end dernier que 10.000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux français du fait de « l’exercice de la médecine ». Selon lui, ces décès dus à des « erreurs d’organisation » sont « évitables » en mettant en oeuvre à l’hôpital « l’analyse systémique des risques » que l’on doit à l’aéronautique.

Ah on ne se lasse pas de ces annonces tirées du manuel du bon petit soldat du libéralisme, au chapitre « éradication d’un service public » :

Première étape : Mise en exergue de mauvais résultats

Il faut tout d’abord trouver une unité. Pour l’hôpital, c’est le décès accidentel. Pour l’école, c’est le jeune-qui-lit-mal-à-l’entrée-en-sixième. Pour l’université, c’est le jeune-qui-quitte-le-système-scolaire-sans-diplôme. Pour l’ANPE, c’est le ratio nombre de chômeurs en France/offres d’emploi non pourvues. Pour le docker de Marseille, c’est le nombre d’heures travaillées par rapport à ses homologues barcelonais. Ensuite, il faut mettre un chiffre extravagant devant, extrapolé d’une étude américaine ou carrément sorti du cerveau d’un salarié dérangé de l’ANPE (souvenez-vous).

Seconde étape : Coupes budgétaires et propositions fantoches

Fermez des lits, diminuez le nombre de postes d’enseignants, supprimez la pub sur France télévision… Mais attention, pour masquer votre incurie, proposez des solutions… les plus ineptes possibles,  retour à l’apprentissage ancestral de la lecture et autre analyse systémique… à un personnel accablé… mais assuré de votre magnanime soutien.

Troisième étape : liquidez ce qui reste à liquider

Vous avez gagné, la qualité des services s’est dégradée. Les français mettent leurs mômes chez les curés. Ils vont se faire soigner dans le privé. Il ne reste plus qu’à vendre France 4 et France 5 pour pas cher à Bolloré.

Et puis, si, sans donner un blanc seing au public, vous vous demandez si la privatisation des services publics est bien la solution à l’échec scolaire, à la médecine à deux vitesses etc…, vous faites probablement partie des 63 millions de cons qui peuplent ce pays-de-merde auxquels le porte parole de l’Elysée pensait très fort lorsqu’il déclarait début janvier :  » L’impulsion politique est en totale rupture. Mais la difficulté est de faire embrayer l’administration, le Parlement, les institutions »…

On espère qu’entre deux formulaires les médecins pourront soigner quelques malades…

Réforme de la seconde : faire sauter un fusible pour préserver les « acquis »

Le Ministre de l’Education a donc ajourné sa réforme de la classe de Seconde. Il estime toutefois que le contenu du projet n’est pas le véritable « enjeu des réactions ». On est doublement d’accord avec lui.

D’abord, on serait tenté de dire que le problème c’est plutôt l’absence même de contenu. Encore une coquille vide pour montrer que le Gouvernement REFORME. Quand il remettra sa nouvelle copie, nous saurons en effet gré au Ministre de nous expliquer quel est le problème du lycée et de la classe de seconde en particulier et en quoi la réforme proposée constitue une réponse. Par exemple, on parle beaucoup d’une crise des vocations scientifiques chez les jeunes, particulièrement préoccupante dans le contexte qu’il est convenu d’appeler économie de la connaissance. Et pourtant, des esprits taquins rappellent que dans le cadre de cette réforme de la Seconde, la SVT et la physique ne seraient plus qu’optionnelles. De là à parler d’une réforme à contre-emploi…

dsc_0068Donc cette réforme est vide de sens, tellement vide que l’on voit à travers. Et que voit-on à travers ? Le budget 2009. Il prévoit la suppression de plusieurs milliers de postes des Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté (rased). La moindre des choses serait d’expliquer en quoi ces structures sont inadaptées et en quoi leur remplacement par des heures de soutien dispensées par les enseignants pourra palier à cela. Rien.

Bref, il faudrait rappeler à M. DARCOS que l’élection ne dispense pas les élus de justifier leurs projets. Sinon c’est l’abus de pouvoir et l’aristocratie élective. En d’autres termes : « on n’est ni des cons ni des moutons ».

Et les enseignants avec leurs grèves préventives aux mots d’ordre fourre-tout, revendications salariales inclues, ne viennent pas toujours au secours du gouvernement en se faisant détester de l’opinion publique et ses sondages JDDesques.

Parfois ce sont les lycéens qui se mobilisent. Et dans ce cas mieux vaut ne pas risquer un affrontement avant des fêtes qui s’annoncent déjà moroses, crise oblige. Mieux vaut rétropédaler.

Mieux vaut rétropédaler avant que ne soient contestées en bloc réforme de la seconde et suppressions de postes (13500) au budget 2009. Faudrait quand même pas que les Français mettent leur nez dans la politique. Et puis on a octroyé une aumône fiscale de 10 milliards à nos électeurs fortunés, il faut bien les supprimer ces postes, sinon le déficit va devenir abyssal. Vite un cordon de sécurité.

Mieux vaut rétropédaler avant que ne soient contestées toutes les réformes qui font grincer les dents. Nous sommes sur le point de faire bosser les Français le dimanche et de mettre France Télévision au pas. N’ouvrons pas de trop nombreux fronts. L’édifice pourrait s’écrouler d’un coup. Et nos amis Bouygues, Bolloré et consort pourraient être fâchés. Vite un fusible.

Photo : Vogelsong http://piratages.files.wordpress.com

Bernard laporte applique la méthode « ferme ta gueule » au sport de haut niveau

Passons d’abord sur les critiques du genre « Est-ce vraiment tellement important de ramener plus de médailles, ça change quoi d’être 5ème ou 7ème au classement des JO ? En matière de sport, le rôle de l’Etat n’est-il pas plutôt d’en favoriser l’accès à tous ? ». Elles ne peuvent être proférées que par des boulets, des loosers…

Notre Secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte, a donc annoncé vendredi une réforme du sport de haut niveau. Il veut instaurer une logique de résultats dans les fédérations sportives. C’est vrai qu’avec lui tous les moyens sont bons. Associé à un parrain de la pègre varoise pour exploiter un restaurant dans les années 90, il aurait par la suite tenté de monnayer son entregent auprès d’un certain Nicolas Sarkosy à un casinotier aquitain en mal de machines à sous.  Enfin, ses sociétés (elles exploitent des bars, des restaurants, des campings, des casinos, de l’immobilier mais aussi des boîtes de com…), dont il ne s’est pas séparé malgré son entrée au gouvernement, comme c’est l’usage, étaient sous le coup d’une enquête du fisc avant que la prescription ne s’abatte en décembre 2007…

Confit d’admiration pour la management dans les entreprises, il l’est aussi pour le modèle sportif britannique (rendez-vous compte 47 médailles dont 19 en or aux derniers JO contre 40 et 7 pour la France…). C’est vrai que nous aussi ils nous émerveillent ces Anglais qui sont parvenus à remporter devant leur public la Coupe du Monde de rugby en 2003. A la tête de la sélection française, notre Laporte national a fait de la Coupe du Monde organisée en France en 2007 la pire de toutes celles que l’Equipe de France ait jamais disputées (3 défaites en 7 matchs). Et notre zélateur du management de la performance s’est retrouvé… Ministre des Sports.

Quand on demande aux enfants de maternelle qui est Sarkosy ou (Chirac et Mitterand en leurs temps), ils répondent invariablement « c’est le chef des Français ». Laporte  se considère sans doute comme le chef des sportifs. A ce titre, il ordonne unilatéralement des mesures drastiques : conditionnement des moyens aux résultats des athlètes, interdiction d’exercer plus de deux mandats à la présidence d’une fédération sportive…

Les réactions ne se sont pas faites attendre. L’ingérence de l’Etat a choqué. Le Président de la Fédération d’athlétisme explique quant à lui les causes de la méforme des athlètes français à Pékin notamment par des lacunes dans l’encadrement final des sportifs. Il pointe aussi des insuffisances de financement notamment dans les Antilles. Autrement dit, les Fédérations sont assez grandes pour se remettre en question. L’appui de l’Etat est attendu au niveau financier plus qu’en termes de remèdes manageriaux miracle.

L’Etat aurait pu rassembler l’ensemble des acteurs (en une époque peu avare en Grenelle et autres assises nationales, c’est bien le moins…) pour déterminer les problématiques (notamment la question du statut des sportifs de haut niveau) et imaginer des solutions possibles. Etant donné qu’il n’a de toutes façons pas d’argent à distribuer (baisse du budget des sports de 5 % dans le budget 2009), c’est le seul rôle qu’il pouvait décemment jouer. A la place de cela, l’Etat Laporte se comporte en kapo en imposant des solutions dogmatiques dans le cadre d’un chantage à peine voilée à des acteurs dont il a ignoré le concours (notamment les collectivités, financeurs importants du sport de haut niveau).

En fait ce rapport illustre l’une des deux approches gouvernementales de la réforme : la méthode « ferme ta gueule ». Appliquée aussi (et c’est plus grave) dans l’éducation, cette méthode donne des mesures ineptes (suppression des postes de psychologues qui prennent spécifiquement en charge quelques heures par semaine les élèves en difficulté au profit d’heures de soutien en plus du temps scolaire assurées par des enseignants) dictées par une logique de restriction budgétaire mais imposées sans dialogue au nom d’une soi-disant efficacité décrétée de façon très péremptoire, sans aucune justification sérieuse. Tout opposant se voit taxer de corporatiste, de passéiste, d’incapable, voire de con et finit écoeuré par le massacre de l’institution qu’il portait à bout de bras. L’autre méthode, « le cause toujours » a fait florès dans l’environnement…

Vu sous un autre angle, ce rapport illustre la  schizophrénie d’un gouvernement obsédé par les réformes … et le désengagement de l’Etat. Egalement obsédé par la nécessité d’aller vite pour faire des annonces tous les jours, il en oublie le dialogue qui pourait donner malgré tout un sens à son action. Et les réformes se transforment alors en coquilles vides et nauséabondes.