Qui va payer la crise ?

Derrière la vindicte de circonstance contre les bonus…

Faut-il supprimer leurs primes aux patrons ? Oui, oui et oui répondent les sondés. Et le pouvoir de parader quand les banquiers renoncent à leur bonus. Et de s’attaquer aux traders…

Quand bien même le justicier parviendrait-il à interdire le versement de dividendes aux actionnaires des groupes automobiles subventionnés, il ne ferait alors que couper les têtes qui dépassent ou l’arbre qui cache la forêt. Il serait en fait, à dessein ou non, le garant du système mondial hérité des années 1970 et de ses injustices.

Ce système reposait sur un contrat implicite : les responsables de l’économie mondiale se gavaient mais garantissaient en échange une vie relativement confortable (sous forme d’emploi et de protection sociale) à la populasse, tout au moins occidentale. Monnaie contre bouffe, piaule et loisirs pas chers, en somme. L’abandon de la lutte des classes s’est fait à ce prix.

La première partie du contrat a été respectée. Ainsi, la part des salaires des américains du centile (le 1 %) le mieux rémunéré est passée de 8 à 16 % de l’ensemble des revenus aux Etats Unis entre 1970 et 2004. Le phénomène est plus récent en France. Les revenus des Français des 9 déciles (90 %) les moins bien rémunérés ont augmenté de 1 % entre 1998 et 2006 contre 8 % pour le décile (10 %) et 18 % pour le centile (1%) le mieux payé. Les « happy few 0,01 % » ont vu leur revenu grimper de 70 %. Et encore ne parle-t-on que des revenus du travail…

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La seconde partie du contrat n’a jamais été respectée. D’abord, il y a eu le chômage. Les maîtres du monde répondaient compétitivité, coût du travail et flexibilité. Peur de perdre le peu qu’ils avaient, les pauvres et leurs représentants se sont exécutés. Maintenant, la crise est là, dûre, durable. Les responsables de l’économie mondiale n’ont pas su l’éviter. Ils ne contrôlaient rien en fait. Et ce marché était un jeu de dupe. Du racket.

Que faire maintenant ? Faut-il relancer l’économie par l’investissement ou par la relance. En d’autres termes, faut-il donner des contrats aux entreprises ou du pouvoir d’achat aux Français ?

…et l’imposture du débat relance par l’investissement ou par la consommation…

Les partisans de la première option observent que, quitte à creuser le déficit, autant doter le pays d’infrastructures qui lui feront gagner les défis de demain (et autre stupidité du genre). Ils soulignent aussi que les manufactures chinoises seraient les principales bénéficiaires d’une relance par la consommation, ce qui n’est pas le but, faut-il le rappeler.

En face, on se demande malicieusement quel avantage compétitif confèrera à notre cher pays le plan de rénovation des cathédrales. On souligne que les projets du secteur des transports ne sont ni plus ni moins que ceux gelés par le Grenelle de l’environnement. Surtout, on note que  la mise en oeuvre du plan de relance dans le bâtiment (quand le bâtiment va, tout va ?) et l’automobile sera longue et son effet dilué.

Finalement, il semble qu’il n’y ait pas de solution miracle. De la monnaie sonnante et trébuchante dont une partie s’évadera vers l’Asie ou de l’argent introduit dans le tortueux circuit du bâtiment et de l’automobile. La vraie question est ailleurs. Qui va payer la crise ? Qui va payer ce plan de relance et les suivants bien sûr mais aussi les manques de rentrées fiscales jusqu’au retour de la croissance ?

se cache la seule vraie question : Qui va payer la crise ?

Selon la cour des comptes, l’endettement de la France qui représente actuellement 64 % de son PIB, soit 50.000 euros par actifs, pourrait  s’élever  à plus de 80 % du PIB en 2012. Je vous laisse faire le calcul. Le gouvernement feint de croire que la croissance permettra de redresser ces comptes. Mais surtout, il continue de réduire les « dépenses de fonctionnement », en fait le nombre de fonctionnaires et le service public avec. Il n’est nullement question de hausses d’impôts. Il arbitre donc clairement en faveur d’un paiement de la crise par les pauvres.

En fait, le gouvernement utilise ces deux faux débats pour détourner l’attention des Français sur les deux seules questions qui vaillent. Est-il légitime que les pauvres paient la crise dont ils sont les victimes et non les responsables ? Le racket doit-il continuer ?

Pour aller plus loin :

Où il est démontré que la caste des nantis s’en fout plein les fouilles.

Taxer les hauts revenus

Introuvables inégalités de salaires

Défiscalisation des heures sup, déshabiller Pierre pour habiller Paul

A peine élu, le candidat du « TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS » a légitimement fait adopter un ensemble de mesures appelé « paquet fiscal » ou loi TEPA (pour travail, emploi et pouvoir d’achat) censé donner corps à son programme électoral. Certaines mesures ont été un peu controversées comme « l’aménagement » de l’ISF, le bouclier fiscal à 50 % ou l’allègement des droits de succesion. Cruellement pour certains, sans surprise pour les autres, le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers n’a pas été rétroactif. La défiscalisation des heures supplémentaires a été la plus consensuelle de toutes les mesures. Elle était censée mettre en application le slogan présidentiel et favoriser la « working class ».

Jeudi 29 janvier, le Figaro relatait en avant première le rapport que Bercy a consacré à cette mesure. Dans un article intitulé « le succès de la loi sur les heures sup« , il rapportait que 5,5 millions de salariés ont réalisé 750.000 heures supplémentaires en 2008. Rappelant que ces chiffres ne peuvent être comparés faute de données sur la situation pré-éxistante à la loi TEPA, le quotidien de droite extrapolait pourtant : « la loi Tepa a donc accru de 20% le montant des heures supplémentaires effectuées en France » pour retomber sur ses pattes d’avionneur : « Un franc succès mais pas une révolution ». Il omettait en revanche, comme c’est dommage, de donner les points de vue divergents tels ceux de l’opposition et de certains économistes.

C’est dommage parce qu’à l’inverse, le Monde titrait : « la défiscalisation des heures sup’ n’a pas eu l’effet escompté« . Il relayait largement le point de vue du Président socialiste de la Commission des finances de l’assemblée nationale, Didier MIGAUD. Ce dernier soulignait en effet dans un communiqué que le nombre d’heures supplémentaires réalisées et le gain pour les bénéficiaires, bien que surévalués dans le rapport, sont très inférieurs aux estimations avancées en 2007.

Libération relayait quant à lui la seconde critique de Migaud en titrant :  » Les heures supplémentaires ont-elles un coût démesuré ?« . Le quotidien de gauche se préoccupait du coût élevé de la mesure (estimé à 4,4 milliards d’euros par an dans le rapport), supporté qui plus est par des finances publiques très dégradées, par rapport à son impact sur l’économie. Il mettait également en doute sa pertinence dans le contexte actuel de forte remontée du chômage.

L’économiste Eric Heyer interviewé par le Monde confirmait bientôt ces doutes. Selon lui, les entreprises ont préféré avoir recours aux heures supplémentaires et se séparer de leurs CDD et intérimaires. Il estimait qu’en ces temps de crise, cette mesure a « ajouté du chômage au chômage ».

En prenant un peu de recul, on peut se désoler du relatif désintérêt de la presse pour ce rapport (à ma connaissance, seulement 4 articles dans les trois quotidiens de référence). Il est vrai que le changement de conjoncture rend l’évaluation complexe et qu’il est plus facile et probablement plus vendeur de traiter le plan de relance. Mais, les Français qui ont assez massivement adhéré au « travailler plus pour gagner plus » de la campagne présidentielle ne méritent-ils pas de connaitre les résultats de la mesure censée mettre en pratique ce slogan ? Mais, il est encore temps d’y consacrer un dossier.

Le cartésien idéaliste que je suis aimerait en effet que soit démêlée la controverse qui pourrit littéralement le débat politique français (et la vie des Français) depuis 10 ans. Celui-ci oppose les tenants du « travailler plus gagner plus », « le travail, ça ne se partage pas » et autres « le travail fait le travail » à ceux qui ont promulgué les 35 heures espérant faire baisser le chômage et améliorer la qualité de vie des Français.

Mais peut-être doit-on faire une croix sur l’idée d’une politique économique éclairée, au moins dans ses grandes lignes, par la raison ? Et accepter que les discours idéologiques de droite ou de gauche aient le dessus. Que la politique se résume à la grande loterie des élections.

Dans cette hypothèse, notons alors que la gauche, que la détestation populaire des 35 heures finement orchestrée par la droite a tenu éloigné du pouvoir depuis plus de 10 ans, bénéficie là d’un puissant levier pour inverser la vapeur. En effet, si l’on s’en tient aux observation d’Eric Heyer, force est de constater que la seule mesure de la TEPA destinée aux catégories populaires enfonce en fait encore plus les précaires pour maintenir la tête des travailleurs modestes hors de l’eau. En fait ce gouvernement donne aux plus riches et, pour aider les pauvres, on déshabille Pierre pour habiller Paul. Voilà le vrai visage du « travailler plus pour gagner plus ».

Exégèse des manifestations

Faute de grive, on mange des merles. En l’absence de réaction du Président Sarkozy himself, nous voilà obligés de commenter la réaction d’Eric Woerth, toujours Ministre du Budget et dernier membre du gouvernement autorisé à s’exprimer après les gaffes à répétition de Lagarde, Dati et autre Alliot Marie.

Woerth estimait ce matin sur Europe 1 que la foule immense qui défilait hier dans les rues françaises avait voulu exprimé « un message d’inquiétude et de mécontentement par rapport au système » mais pas « un rejet de la politique du gouvernement ».

Concernant « le mécontentement par rapport au système », bravo Monsieur Woerth, c’est manifeste. Mais, permettez-nous de vous dire que vous en sous-estimez la profondeur.

En effet, si les Français ont abandonné massivement la lutte des classes il y a plusieurs décennies et s’ils ont toléré les inégalités croissantes, c’est parce que leur situation matérielle restait confortable. Mais la défiance vis-à-vis des « nantis » est de retour. Ca n’est probablement pas une bonne chose pour la cohésion du pays mais c’est un fait.

Les français voient arriver des mois très difficiles voire un cataclysme, on parle de banqueroute en Grande Bretagne et en Californie… Ils savent qu’à côté de ce qui les attend, les crises des années 70, 80 et 90 auront été de gentilles farces. Mais, ils comprennent aussi qu’ils n’ont ni conçu, ni surtout profité des produits financiers qui ont causé le désastre.

Les gesticulations gouvernementales pour interdire aux patrons de toucher leur bonus annuel ne dupent personne. Pour limiter la casse, il va falloir une politique de redistribution de ceux qui ont profité du système (et rien ne les en empêchait) vers ceux qui vont en pâtir. Soit l’inverse de la politique que vous avez mise en place jusqu’alors. Peut-on vous suggérer d’envoyer un signal très fort dans ce sens pour qu’à une crise économique ne s’ajoute pas une crise de confiance sociale potentiellement violente.

Cela nous amène naturellement vers la deuxième partie de votre message. Selon vous, il n’y aurait pas de « rejet de la politique du gouvernement ». Vous parlez du plan de relance d’abord, « un ensemble d’actions concrètes avec beaucoup d’argent à la clef ». Vous faîtes sans doute référence à la construction d’un deuxième EPR, annoncée hier soir. Doit-on vous rappeler que les travaux ne commenceront pas avant 2012 ? Inclure cela et la construction d’autoroutes et de TGV dans les mesures favorables à la relance relève au mieux de légèreté, au pire de mépris pour ceux qui sont en train de perdre leur emploi. Permettez-nous donc de douter de l’efficacité de ce plan de relance ?

Ensuite, vous dîtes que les réformes, notamment la chasse aux fonctionnaires, vont se poursuivre. Doit-on vous apprendre que des gens très intelligents, pas de dangereux gauchistes, plutôt des libéraux, s’interrogent sur l’impact dans le contexte de crise aujourd’hui des politiques  Reagan et Thatcher qui ont démantelé dans les années 70-80 les services publics dans leurs pays respectifs ? A défaut d’avoir compris que cela permet à l’ensemble d’une population de vivre dignement (scolarité, santé…), ils sont en train de découvrir que la présence d’une fonction publique permet d’atténuer les effets de la crise.

Mais c’est ce que vous reconnaissez implicitement quand vous parlez « de la chance d’avoir des transferts sociaux importants ». On ne comprend plus. Ou plutôt si, on comprend que le programme avec lequel vous avez été élu n’est plus qu’un champ de ruine et que la schizophrénie vous guette.

Et puis, il y a des choses dont vous ne parlez pas. Les RG n’étaient peut être pas dans les cortèges, probablement victimes de départs-à-la retraite-non-remplacés intempestifs. A moins que vous ne soyez atteint d’une forme d’autisme.

Pour masquer les limites de son action, les statistiques ne montrant pas l’amélioration fulgurante que l’énergie et la loghorée pré-électorale laissaient présager, le gouvernement s’est laissé aller à faire de la basse politique. Il n’a eu cesse  de stigmatiser des boucs émissaires (récidivistes, fous, jeunes délinquants, sans papier, chômeurs, ultragauche, syndicats, fonctionnaires) et d’adopter des lois aussi inutiles que dangereuses pour les libertés individuelles (rétention de sûreté,  peines plancher, fichier EDVIGE remanié, suppression du juge d’instruction…). C’est cela que les manifestants voulaient vous dire. Et la nomination prochaine du PDG des groupes de l’audiovisuel public  par le Président de la République n’est pas faite pour rassurer.

Un dernier grief du pavé, enfin. Si le citoyen a vu ses libertés réduites, les amis du pouvoir ont été gâtés. Tapie s’est vu grassement rétribuer son soutien pré-électoral. Marchiani a bénéficié d’une grace spéciale. Et la suppression du juge d’instruction ouvre la boite de Pandore en matière de magouilles de toutes sortes.

Enfin, les entrepreneurs qui gravitent autour du chef de l’Etat  (Bouygues, Bolloré et consort) n’ont pas été oubliés notamment dans le cadre de la suppression de la publicité sur France télévision. Et la découpe des services publics (l’éducation, l’hôpital…) aiguise déjà les appétits…

En résumé, Monsieur Woerth, vous auriez tort de penser que les Français n’ont manifesté hier que contre le système. S’ils sont déscendus dans la rue, c’est parce qu’ils s’opposent à l’avènement d’une république bananière et réprouvent la politique faite de régression des libertés individuelles qui a été la vôtre jusqu’alors. Concernant la crise, ils ont pris les devants en réclamant plus de solidarité et la fin de la casse du service public, autant d’idées traditionnellement étrangères à votre action. Merci de faire passer.

Woerth n’a rien compris

François Fillon disait hier soir que « le rôle du gouvernement n’est pas de faire des gestes ». Comment qualifier alors le paquet fiscal adopté peu après les dernières élections ? Ne s’agit-il pas d’un geste à l’attention des Français les plus aisés ?

pelleEric Woerth disait hier matin que plutôt que de faire des grèves, les Français devraient « se serrer les coudes ». Pourquoi n’abroge-t-il pas alors ces baisses d’impôts (baisse de l’ISF, bouclier fiscal à 50 %, suppression des droits de succession…) qui s’adressent à une catégorie de Français que la crise ne menace pas ?

Woerth, encore lui, appelait les Français à penser à l’avenir de leurs enfants plutôt qu’à manifester. C’est précisément ce que nous faisons quand nous regrettons cette mesure qui coûte 10 milliards d’euros par an et qui fait augmenter le déficit de l’Etat d’autant.

Woerth, décidément pas en panne de connerie, a demandé aux Français de devenir « acteurs de la sortie de crise ». C’est ce que je ferai demain en manifestant pour que le gouvernement abroge le paquet fiscal. On pourra alors dire que les Français se serrent les coudes et qu’ils n’hypothèquent pas l’avenir de leurs enfants.

La tempête s’abat sur l’Elysée

Ce samedi, des vents soufflant à près de 200 kilomètres heure ont ébranlé la suffisance présidentielle. « Les leçons de la tempête de 1999 ont été tirées » a dit simplement Sarkozy.

Avant, il y avait les incompétents -de ses propres Ministres aux petits fonctionnaires en passant par les patrons spéculateurs et autres magistrats laxistes – leurs victimes -ces petites gens qui ont du mal à boucler leurs fins de mois- … et lui-même. Et  bien, hier, il a tenu à  souligner avec quelle efficacité la tempête a été gérée.

Enfin quelque chose qui fonctionne dans ce pays. Enfin quelque chose qui fonctionne sans lui. Pas de responsable cloué au pilori, pas de nouveau texte de loi promis, pas même un groupe de réflexion commis.

A défaut d’avoir enterré les lignes électriques, il a enfoui (provisoirement ?) son égo. Que c’est bon de se reveiller dans un pays où il n’y a pas que des cons. Alors tant pis s’il s’agit juste de circonscrire la grêve de jeudi.  Il faut en profiter. EDF prévoit un retour à la normale en fin de semaine…

Badinter dans Télérama

Obligé d’acheter Télérama pour bénéficier des séances de ciné à 3 euros. D’accord, la sélection de films est un peu Prozac, mais c’est une autre histoire… Tiens, une interview de Robert Badinter, le Ministre de la justice qui a milité et obtenu l’abolition de la peine de mort en 1981 et que même Copé respecte (c’est dire)…

La sixième loi sur la détention provisoire en 15 ans

« Cela n’améliore en rien la sécurité, mais ça multiplie les difficultés des praticiens ». Badinter cite un homme politique italien : « quand on ne sait pas quoi faire, on peut toujours faire une loi, ça ne coûte pas cher et ça fait plaisir. Que ce soit efficace, c’est une autre question ! ».

Loi sur la rétention de sûreté

« Nous avons édifié jusqu’ici, très difficilement, un système de justice pénale qui repose sur le principe de responsabilité entendue comme la contrepartie de la liberté. (…) A partir du moment où l’on décide de garder quelqu’un en détention au regard d’un crime virtuel qu’il pourrait commettre parce qu’on le considère comme dangereux, vous êtes passé dans un autre système. Comment voulez-vous alors vous défendre puisque vous n’êtes accusé de rien ? Comment les magistrats diagnostiqueront-ils la dangerosité criminologique ? ».

L’évolution de la justice des mineurs

« Un mineur, ce n’est pas un adulte en réduction. Un mineur, c’est un être en devenir. Vouloir rapprocher la justice des mineurs de celles des adultes, c’est la négation même de sa spécificité. (…) L’objectif premier de la justice des mineurs, c’est de les intégrer ou des les réinsérer dans la société ».

La suppression du juge d’instruction

« S’il s’agit de confier l’instruction aux procureurs sous le contrôle d’un « juge de l’instruction » nouvellement créé, il faut garantir l’indépendance des magistrats du parquet ».

L’état des prisons en France

« Il y a en France une indifférence multiséculaire à la condition carcérale. (…) J’ai compris qu’il existe une loi d’airain en matière carcérale : vous ne pouvez pas porter les conditions de vie des détenus au-dessus de celles des travailleurs les plus défavorisés. La prison est ainsi comme le négatif de l’état de la société ».

Le projet de réforme de l’audiovisuel

« Le président de la République nous dit qu’il s’agit de mettre fin à l’hypocrisie de la nomination par le CSA. Mais, ce qu’il fallait alors, c’est renforcer les garanties d’indépendance du CSA. Réduire ses pouvoirs en confiant la nomination à l’exécutif est un retour en arrière ». (…) Nous vivons actuellement dans ce que j’appelle une « monocratie », le pouvoir d’un seul homme démocratiquement élu par le peuple pour cinq ans ».

Cette interview est disponible en format audio dans le fil idées du site de Télérama.

Grâce à Sarkozy, le Sénat change !

Il y avait déjà eu une alerte. Depuis la loi SRU de 2001, chaque commune était tenue de compter 20 % de logements sociaux dans son parc immobiliser. Sinon, c’était l’amende. En Novembre, Christine Boutin, notre Ministre du logement et éminente représentante de la France catholico-conservatrice, proposait d’inclure les logements en accession à la propriété dans le décompte. Conséquence, les communes n’auraient plus aucun effort à faire en matière de construction de logement social pour échapper à l’amende. Le Sénat s’y était opposé.

Le Sénat a remis ça la semaine dernière. Et c’est passé presque inaperçu. Le Président de notre République asphyxiée voulait pouvoir révoquer les PDG de l’audiovisuel public à sa guise. Le Sénat a obtenu que cela soit conditionné à un vote au 3/5 de la Commission des affaires culturelles des deux chambres parlementaires. Autrement dit, il faudra l’appui de l’opposition pour destituer les patrons des médias publics.

Qui aurait pu croire que cette « anomalie démocratique » qu’est le Sénat, chambre de septuagénaires élus au suffrage indirect, surreprésentant les communes rurales (les 50 % d’urbains n’ont droit qu’à 30 % des délégués) et qui n’a jamais basculé à gauche depuis 1958 puisse se faire un jour le chantre du logement social et de l’indépendance des média ?

C’est ce qu’on appelle un déplacement de la perception : dans une république Sarkosyste, le Sénat, naguère passéiste, conservateur et immobile, parait garant de la démocratie, protecteur des acquis, voire progressiste. Et si vous regrettez Chirac, ne vous inquiétez pas, il s’agit du même phénomène…

Suppression du juge d’instruction : Tribune d’Eva Joly

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans le Monde du 15 janvier. Avec liste des affaires en désespérance au fond des tiroirs de la justice et privilèges accordés par la junte à ses proches, Tapie, Marchiani…

Petit traité d’éradication d’un service public

Le secrétaire national de l’UMP en charge de la santé, le Professeur Juvin, affirmait le week end dernier que 10.000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux français du fait de « l’exercice de la médecine ». Selon lui, ces décès dus à des « erreurs d’organisation » sont « évitables » en mettant en oeuvre à l’hôpital « l’analyse systémique des risques » que l’on doit à l’aéronautique.

Ah on ne se lasse pas de ces annonces tirées du manuel du bon petit soldat du libéralisme, au chapitre « éradication d’un service public » :

Première étape : Mise en exergue de mauvais résultats

Il faut tout d’abord trouver une unité. Pour l’hôpital, c’est le décès accidentel. Pour l’école, c’est le jeune-qui-lit-mal-à-l’entrée-en-sixième. Pour l’université, c’est le jeune-qui-quitte-le-système-scolaire-sans-diplôme. Pour l’ANPE, c’est le ratio nombre de chômeurs en France/offres d’emploi non pourvues. Pour le docker de Marseille, c’est le nombre d’heures travaillées par rapport à ses homologues barcelonais. Ensuite, il faut mettre un chiffre extravagant devant, extrapolé d’une étude américaine ou carrément sorti du cerveau d’un salarié dérangé de l’ANPE (souvenez-vous).

Seconde étape : Coupes budgétaires et propositions fantoches

Fermez des lits, diminuez le nombre de postes d’enseignants, supprimez la pub sur France télévision… Mais attention, pour masquer votre incurie, proposez des solutions… les plus ineptes possibles,  retour à l’apprentissage ancestral de la lecture et autre analyse systémique… à un personnel accablé… mais assuré de votre magnanime soutien.

Troisième étape : liquidez ce qui reste à liquider

Vous avez gagné, la qualité des services s’est dégradée. Les français mettent leurs mômes chez les curés. Ils vont se faire soigner dans le privé. Il ne reste plus qu’à vendre France 4 et France 5 pour pas cher à Bolloré.

Et puis, si, sans donner un blanc seing au public, vous vous demandez si la privatisation des services publics est bien la solution à l’échec scolaire, à la médecine à deux vitesses etc…, vous faites probablement partie des 63 millions de cons qui peuplent ce pays-de-merde auxquels le porte parole de l’Elysée pensait très fort lorsqu’il déclarait début janvier :  » L’impulsion politique est en totale rupture. Mais la difficulté est de faire embrayer l’administration, le Parlement, les institutions »…

On espère qu’entre deux formulaires les médecins pourront soigner quelques malades…

Du bon usage des reliques politiques

On appelle reliques les représentants actuels de groupes archaïques jadis prospères, bien connus par les fossiles ou traces fossiles qu’ils ont laissés.

Le Larousse, à propos des reliques zoologiques et botaniques

Il l’a fait.

Alors que trois patients ont trouvé la mort en quelques jours dans les hôpitaux français faute de soins adaptés, Eric Woerth, le Ministre du Budget a reproché aux 35 heures « d’avoir mis la pagaille dans l’hôpital qui a aujourd’hui bien du mal à s’en remettre ». Alors que la droite a les pleins pouvoirs depuis près de 8 ans, il l’a fait.

On comprend mieux pourquoi le Président n’a pas voulu abroger la fameuse loi Aubry. Il en avait pourtant les moyens depuis son élection et sa majorité le pressait de le faire (quels balourds ces députés !). Un acquis social feignait-il de croire. En fait, un formidable repoussoir dont la simple évocation permet au gouvernement de se dédouaner de toute responsabilité. Quelle finesse !

On aurait pu avoir un vrai dialogue sur les perspectives de l’hôpital public en France. On aurait pu savoir si ces drames étaient juste surexposés médiatiquement en période de fêtes ou s’ils montraient une réelle dégradation de la situation. Trop de transparence pour notre bon régime. Mieux vaut utiliser une vieille ficelle pour rendre les Français à leur foie gras.

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Eloi VALAT http://dessin.blogs.liberation.fr/eloi_valat/2007/10/corridas.html

En effet, depuis 2 ans, le gouvernement a parsemé son action de chiffons rouges prêts à être brandis pour mieux écarter le taureau du torréador qui est en train de le saigner. Les 35 heures est l’une de ces reliques politiques faciles à instrumentaliser de même que l’ISF.

De fait l’ISF a été vidé de son sens par le paquet fiscal, aucun ménage ne pouvant reverser plus de 50 % de ses revenus aux impôts. Pourquoi ne pas l’avoir purement et simplement supprimé ?

Nous en reparlerons certainement dans les prochaines semaines. En complément des plans de relance, le FMI a en effet appelé à un « choc fiscal ». Les allemands s’apprêtent à céder en procédant à une baisse massive des impôts. Et je serais bien surpris si les autorités françaises n’accablaient pas cet ISF pourtant fantôme (exception française, blablabla…) afin que les baisses d’impôt n’oublient pas les plus aisés le moment venu.

Me reste à vous souhaiter une bonne année. Ce blog essaiera, peut être jusqu’en 2010, de déchiffrer les stratégies communicantes du pouvoir (sans doute de ma plus pure invention). Celles qui permettent de masquer les méfaits des baisses d’impôts pour les plus aisés, celles qui permettent de masquer les cadeaux aux copains, Bolloré, TF1… et autres atteintes aux Droits de l’Homme.

A ce propos, on attend pour demain l’annonce de la suppression des juges d’instruction. Ces derniers sont chargés d’instruire les affaires complexes comme les scandales politico-financiers. C’est sans doute un hasard. A moins que l’on assiste encore à un de ces rebondissements orchestrés…

Je vous laisse, je vais vomir. Et ce n’est pas le foie gras.

Dessin : Eloi VALAT http://dessin.blogs.liberation.fr/eloi_valat/2007/10/corridas.html