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Exégèse des manifestations

Faute de grive, on mange des merles. En l’absence de réaction du Président Sarkozy himself, nous voilà obligés de commenter la réaction d’Eric Woerth, toujours Ministre du Budget et dernier membre du gouvernement autorisé à s’exprimer après les gaffes à répétition de Lagarde, Dati et autre Alliot Marie.

Woerth estimait ce matin sur Europe 1 que la foule immense qui défilait hier dans les rues françaises avait voulu exprimé « un message d’inquiétude et de mécontentement par rapport au système » mais pas « un rejet de la politique du gouvernement ».

Concernant « le mécontentement par rapport au système », bravo Monsieur Woerth, c’est manifeste. Mais, permettez-nous de vous dire que vous en sous-estimez la profondeur.

En effet, si les Français ont abandonné massivement la lutte des classes il y a plusieurs décennies et s’ils ont toléré les inégalités croissantes, c’est parce que leur situation matérielle restait confortable. Mais la défiance vis-à-vis des « nantis » est de retour. Ca n’est probablement pas une bonne chose pour la cohésion du pays mais c’est un fait.

Les français voient arriver des mois très difficiles voire un cataclysme, on parle de banqueroute en Grande Bretagne et en Californie… Ils savent qu’à côté de ce qui les attend, les crises des années 70, 80 et 90 auront été de gentilles farces. Mais, ils comprennent aussi qu’ils n’ont ni conçu, ni surtout profité des produits financiers qui ont causé le désastre.

Les gesticulations gouvernementales pour interdire aux patrons de toucher leur bonus annuel ne dupent personne. Pour limiter la casse, il va falloir une politique de redistribution de ceux qui ont profité du système (et rien ne les en empêchait) vers ceux qui vont en pâtir. Soit l’inverse de la politique que vous avez mise en place jusqu’alors. Peut-on vous suggérer d’envoyer un signal très fort dans ce sens pour qu’à une crise économique ne s’ajoute pas une crise de confiance sociale potentiellement violente.

Cela nous amène naturellement vers la deuxième partie de votre message. Selon vous, il n’y aurait pas de « rejet de la politique du gouvernement ». Vous parlez du plan de relance d’abord, « un ensemble d’actions concrètes avec beaucoup d’argent à la clef ». Vous faîtes sans doute référence à la construction d’un deuxième EPR, annoncée hier soir. Doit-on vous rappeler que les travaux ne commenceront pas avant 2012 ? Inclure cela et la construction d’autoroutes et de TGV dans les mesures favorables à la relance relève au mieux de légèreté, au pire de mépris pour ceux qui sont en train de perdre leur emploi. Permettez-nous donc de douter de l’efficacité de ce plan de relance ?

Ensuite, vous dîtes que les réformes, notamment la chasse aux fonctionnaires, vont se poursuivre. Doit-on vous apprendre que des gens très intelligents, pas de dangereux gauchistes, plutôt des libéraux, s’interrogent sur l’impact dans le contexte de crise aujourd’hui des politiques  Reagan et Thatcher qui ont démantelé dans les années 70-80 les services publics dans leurs pays respectifs ? A défaut d’avoir compris que cela permet à l’ensemble d’une population de vivre dignement (scolarité, santé…), ils sont en train de découvrir que la présence d’une fonction publique permet d’atténuer les effets de la crise.

Mais c’est ce que vous reconnaissez implicitement quand vous parlez « de la chance d’avoir des transferts sociaux importants ». On ne comprend plus. Ou plutôt si, on comprend que le programme avec lequel vous avez été élu n’est plus qu’un champ de ruine et que la schizophrénie vous guette.

Et puis, il y a des choses dont vous ne parlez pas. Les RG n’étaient peut être pas dans les cortèges, probablement victimes de départs-à-la retraite-non-remplacés intempestifs. A moins que vous ne soyez atteint d’une forme d’autisme.

Pour masquer les limites de son action, les statistiques ne montrant pas l’amélioration fulgurante que l’énergie et la loghorée pré-électorale laissaient présager, le gouvernement s’est laissé aller à faire de la basse politique. Il n’a eu cesse  de stigmatiser des boucs émissaires (récidivistes, fous, jeunes délinquants, sans papier, chômeurs, ultragauche, syndicats, fonctionnaires) et d’adopter des lois aussi inutiles que dangereuses pour les libertés individuelles (rétention de sûreté,  peines plancher, fichier EDVIGE remanié, suppression du juge d’instruction…). C’est cela que les manifestants voulaient vous dire. Et la nomination prochaine du PDG des groupes de l’audiovisuel public  par le Président de la République n’est pas faite pour rassurer.

Un dernier grief du pavé, enfin. Si le citoyen a vu ses libertés réduites, les amis du pouvoir ont été gâtés. Tapie s’est vu grassement rétribuer son soutien pré-électoral. Marchiani a bénéficié d’une grace spéciale. Et la suppression du juge d’instruction ouvre la boite de Pandore en matière de magouilles de toutes sortes.

Enfin, les entrepreneurs qui gravitent autour du chef de l’Etat  (Bouygues, Bolloré et consort) n’ont pas été oubliés notamment dans le cadre de la suppression de la publicité sur France télévision. Et la découpe des services publics (l’éducation, l’hôpital…) aiguise déjà les appétits…

En résumé, Monsieur Woerth, vous auriez tort de penser que les Français n’ont manifesté hier que contre le système. S’ils sont déscendus dans la rue, c’est parce qu’ils s’opposent à l’avènement d’une république bananière et réprouvent la politique faite de régression des libertés individuelles qui a été la vôtre jusqu’alors. Concernant la crise, ils ont pris les devants en réclamant plus de solidarité et la fin de la casse du service public, autant d’idées traditionnellement étrangères à votre action. Merci de faire passer.

Suppression du juge d’instruction : Tribune d’Eva Joly

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans le Monde du 15 janvier. Avec liste des affaires en désespérance au fond des tiroirs de la justice et privilèges accordés par la junte à ses proches, Tapie, Marchiani…

Joyeux Noël Monsieur Marchiani !

Monsieur Marchiani, c’est un fait. Tous les notables de notre bon mais pingre régime se sont faits un peu d’argent de poche dans le commerce. Qui des frégates à Taïwan, qui des armes russes à l’Angola… Victime d’une terrible injustice, vous étiez tombé. 3 ans fermes.

Mais, votre courage n’est pas petit. Au mépris de votre vie, n’aviez-vous pas libéré les otages du Liban ? En prison, vous avez fait preuve d’une  grande volonté de réinsertion.  Attendri, un ancien Ministre de la Police a accepté de vous aider. Et vous voilà grâcié.

Cela va permettre de désengorger les prisons. Encore une fois, vous vous sacrifiez pour la Nation. On ne pourra pas se débarrasser de tous les pauvres et de leur lâcheté. Mais, grâce à vous, on pourra enfermer ceux qui jardinent, lisent des livres et prêchent l’égalité. Et ce terroriste présumé Coupat(ble) passera Noël au chaud.

Que vous souhaiter, Monsieur Marchiani, que nous souhaiter, pour cette année 2009 ? Qu’au pays des Droits de l’Homme, la justice demeure.