Archive for the ‘Libertés publiques’ Category

Le terrible miroir mexicain

Ils ont passé un week end en amoureux dans un palace au bord du Pacifique. En même temps, Carla, c’est pas le genre de fille que t’emmènes chez ta Grand tante dans le Loir et Cher. Et puis franchement, qui ne s’est jamais arrangé pour caler le vendredi sa réunion avec la succursale de Biarritz ou d’Ajaccio ? Bon là, c’est un week end qui aurait coûté dans les 50.000 euros. Bon là on ne sait pas qui a payé. Mais si l’Elysée a cherché à camoufler l’affaire, c’est probablement parce que c’est Carla qui invitait. Franchement, le Président de la 6ème puissance du Monde qui se fait entretenir par une femme, ça fait pas sérieux. La voilà l’explication, les gauchistes. Rien de plus. J’espère que Nico aura pensé à enlever sa rollex… Bah oui pour le bronzage.

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Et puis, ils n’ont même pas profité complètement du week end. Ils ont dû visiter les pyramides de Tehotiuacan, « le lieu qui fait les hommes dieux » et dîner avec l’ignoble Président mexicain et son épouse.

Obligés de parler du cas Cassez, cette jeune française arrêtée avec son ex-compagnon condamné depuis pour enlèvements et séquestrations. Elle avait attendu 24 heures avant que l’arrestation puisse être rejouée pour les télés. Imaginez Sarkozy dîner avec ce looser. Lui, il n’a jamais rien fait rejouer. Lui, c’est un bon. Il appelle les télés avant de faire débarquer les 100 flics dans la cité…

Et puis l’instruction est bourrée de vices de procédures. Et envoyer là-bas notre Défenseur de la présomption d’innocence de « l’assassin du Préfet Erignac ». Lui qui n’hésite pas à dévisser les procédures quand elles sont injustes… Quand un journaleux de Libération est fouillé au corps, on supprime le juge d’instruction.

Et Cassez a été condamnée à 60 ans sans preuve, pour sauver la face d’un Ministre. En France, le Pays-des-Droits-de-l’Homme, quand on maintient un terroriste en détention, c’est parce qu’on a trouvé des indices crédibles chez lui : un coupe-boulon, un livre de gauche…

Et maintenant, Cassez veut être transférée des ignobles geôles mexicaines vers les prisons françaises déjà réputées bien mieux que les prisons moldaves et que la loi pénitentiaire examinée en urgence va probablement transformer en éden.

Et pour obtenir qu’une Commission libère Cassez d’ici quelques semaines, quand les yeux de l’opinion mexicaine révulsée auront été détournés, notre Président a été obligé de saluer l’indépendance de la justice mexicaine. Mais ça n’est pas un week end en amoureux ça. Pour cet Homme qui a chevillé au corps le principe d’indépendance de la justice … à la séparation des pouvoir, c’est pire qu’un chemin de croix. Il n’a même pas pu la ramener avec lui, triomphateur. Ah, ces commissions à tout bout de champ…

Et encore, le calvaire n’était pas fini… Il a fallu signer des contrats. Il a fallu annoncer la vente de 8000 caméras de surveillance pour équiper Mexico et de 6 hélicoptères de combats. On a de très beaux élevages de colombes en France. Mais à l’export, ça marche pas fort. Il aurait aimé vendre des éoliennes, des panneaux solaires… Mais en France, on a Dassault, Thales et Eurocopter.

Allez, c’est vrai, avant de partir, notre Président a quand même pu donner libre cours à ses aspirations philanthropiques. Il a annoncé la construction d’une usine de vaccins par … Sanofi. Et avec Carla, il a décrété que 2011 serait l’année du Mexique.

Et on veut nous faire croire que c’était des vacances.

Exégèse des manifestations

Faute de grive, on mange des merles. En l’absence de réaction du Président Sarkozy himself, nous voilà obligés de commenter la réaction d’Eric Woerth, toujours Ministre du Budget et dernier membre du gouvernement autorisé à s’exprimer après les gaffes à répétition de Lagarde, Dati et autre Alliot Marie.

Woerth estimait ce matin sur Europe 1 que la foule immense qui défilait hier dans les rues françaises avait voulu exprimé « un message d’inquiétude et de mécontentement par rapport au système » mais pas « un rejet de la politique du gouvernement ».

Concernant « le mécontentement par rapport au système », bravo Monsieur Woerth, c’est manifeste. Mais, permettez-nous de vous dire que vous en sous-estimez la profondeur.

En effet, si les Français ont abandonné massivement la lutte des classes il y a plusieurs décennies et s’ils ont toléré les inégalités croissantes, c’est parce que leur situation matérielle restait confortable. Mais la défiance vis-à-vis des « nantis » est de retour. Ca n’est probablement pas une bonne chose pour la cohésion du pays mais c’est un fait.

Les français voient arriver des mois très difficiles voire un cataclysme, on parle de banqueroute en Grande Bretagne et en Californie… Ils savent qu’à côté de ce qui les attend, les crises des années 70, 80 et 90 auront été de gentilles farces. Mais, ils comprennent aussi qu’ils n’ont ni conçu, ni surtout profité des produits financiers qui ont causé le désastre.

Les gesticulations gouvernementales pour interdire aux patrons de toucher leur bonus annuel ne dupent personne. Pour limiter la casse, il va falloir une politique de redistribution de ceux qui ont profité du système (et rien ne les en empêchait) vers ceux qui vont en pâtir. Soit l’inverse de la politique que vous avez mise en place jusqu’alors. Peut-on vous suggérer d’envoyer un signal très fort dans ce sens pour qu’à une crise économique ne s’ajoute pas une crise de confiance sociale potentiellement violente.

Cela nous amène naturellement vers la deuxième partie de votre message. Selon vous, il n’y aurait pas de « rejet de la politique du gouvernement ». Vous parlez du plan de relance d’abord, « un ensemble d’actions concrètes avec beaucoup d’argent à la clef ». Vous faîtes sans doute référence à la construction d’un deuxième EPR, annoncée hier soir. Doit-on vous rappeler que les travaux ne commenceront pas avant 2012 ? Inclure cela et la construction d’autoroutes et de TGV dans les mesures favorables à la relance relève au mieux de légèreté, au pire de mépris pour ceux qui sont en train de perdre leur emploi. Permettez-nous donc de douter de l’efficacité de ce plan de relance ?

Ensuite, vous dîtes que les réformes, notamment la chasse aux fonctionnaires, vont se poursuivre. Doit-on vous apprendre que des gens très intelligents, pas de dangereux gauchistes, plutôt des libéraux, s’interrogent sur l’impact dans le contexte de crise aujourd’hui des politiques  Reagan et Thatcher qui ont démantelé dans les années 70-80 les services publics dans leurs pays respectifs ? A défaut d’avoir compris que cela permet à l’ensemble d’une population de vivre dignement (scolarité, santé…), ils sont en train de découvrir que la présence d’une fonction publique permet d’atténuer les effets de la crise.

Mais c’est ce que vous reconnaissez implicitement quand vous parlez « de la chance d’avoir des transferts sociaux importants ». On ne comprend plus. Ou plutôt si, on comprend que le programme avec lequel vous avez été élu n’est plus qu’un champ de ruine et que la schizophrénie vous guette.

Et puis, il y a des choses dont vous ne parlez pas. Les RG n’étaient peut être pas dans les cortèges, probablement victimes de départs-à-la retraite-non-remplacés intempestifs. A moins que vous ne soyez atteint d’une forme d’autisme.

Pour masquer les limites de son action, les statistiques ne montrant pas l’amélioration fulgurante que l’énergie et la loghorée pré-électorale laissaient présager, le gouvernement s’est laissé aller à faire de la basse politique. Il n’a eu cesse  de stigmatiser des boucs émissaires (récidivistes, fous, jeunes délinquants, sans papier, chômeurs, ultragauche, syndicats, fonctionnaires) et d’adopter des lois aussi inutiles que dangereuses pour les libertés individuelles (rétention de sûreté,  peines plancher, fichier EDVIGE remanié, suppression du juge d’instruction…). C’est cela que les manifestants voulaient vous dire. Et la nomination prochaine du PDG des groupes de l’audiovisuel public  par le Président de la République n’est pas faite pour rassurer.

Un dernier grief du pavé, enfin. Si le citoyen a vu ses libertés réduites, les amis du pouvoir ont été gâtés. Tapie s’est vu grassement rétribuer son soutien pré-électoral. Marchiani a bénéficié d’une grace spéciale. Et la suppression du juge d’instruction ouvre la boite de Pandore en matière de magouilles de toutes sortes.

Enfin, les entrepreneurs qui gravitent autour du chef de l’Etat  (Bouygues, Bolloré et consort) n’ont pas été oubliés notamment dans le cadre de la suppression de la publicité sur France télévision. Et la découpe des services publics (l’éducation, l’hôpital…) aiguise déjà les appétits…

En résumé, Monsieur Woerth, vous auriez tort de penser que les Français n’ont manifesté hier que contre le système. S’ils sont déscendus dans la rue, c’est parce qu’ils s’opposent à l’avènement d’une république bananière et réprouvent la politique faite de régression des libertés individuelles qui a été la vôtre jusqu’alors. Concernant la crise, ils ont pris les devants en réclamant plus de solidarité et la fin de la casse du service public, autant d’idées traditionnellement étrangères à votre action. Merci de faire passer.

Badinter dans Télérama

Obligé d’acheter Télérama pour bénéficier des séances de ciné à 3 euros. D’accord, la sélection de films est un peu Prozac, mais c’est une autre histoire… Tiens, une interview de Robert Badinter, le Ministre de la justice qui a milité et obtenu l’abolition de la peine de mort en 1981 et que même Copé respecte (c’est dire)…

La sixième loi sur la détention provisoire en 15 ans

« Cela n’améliore en rien la sécurité, mais ça multiplie les difficultés des praticiens ». Badinter cite un homme politique italien : « quand on ne sait pas quoi faire, on peut toujours faire une loi, ça ne coûte pas cher et ça fait plaisir. Que ce soit efficace, c’est une autre question ! ».

Loi sur la rétention de sûreté

« Nous avons édifié jusqu’ici, très difficilement, un système de justice pénale qui repose sur le principe de responsabilité entendue comme la contrepartie de la liberté. (…) A partir du moment où l’on décide de garder quelqu’un en détention au regard d’un crime virtuel qu’il pourrait commettre parce qu’on le considère comme dangereux, vous êtes passé dans un autre système. Comment voulez-vous alors vous défendre puisque vous n’êtes accusé de rien ? Comment les magistrats diagnostiqueront-ils la dangerosité criminologique ? ».

L’évolution de la justice des mineurs

« Un mineur, ce n’est pas un adulte en réduction. Un mineur, c’est un être en devenir. Vouloir rapprocher la justice des mineurs de celles des adultes, c’est la négation même de sa spécificité. (…) L’objectif premier de la justice des mineurs, c’est de les intégrer ou des les réinsérer dans la société ».

La suppression du juge d’instruction

« S’il s’agit de confier l’instruction aux procureurs sous le contrôle d’un « juge de l’instruction » nouvellement créé, il faut garantir l’indépendance des magistrats du parquet ».

L’état des prisons en France

« Il y a en France une indifférence multiséculaire à la condition carcérale. (…) J’ai compris qu’il existe une loi d’airain en matière carcérale : vous ne pouvez pas porter les conditions de vie des détenus au-dessus de celles des travailleurs les plus défavorisés. La prison est ainsi comme le négatif de l’état de la société ».

Le projet de réforme de l’audiovisuel

« Le président de la République nous dit qu’il s’agit de mettre fin à l’hypocrisie de la nomination par le CSA. Mais, ce qu’il fallait alors, c’est renforcer les garanties d’indépendance du CSA. Réduire ses pouvoirs en confiant la nomination à l’exécutif est un retour en arrière ». (…) Nous vivons actuellement dans ce que j’appelle une « monocratie », le pouvoir d’un seul homme démocratiquement élu par le peuple pour cinq ans ».

Cette interview est disponible en format audio dans le fil idées du site de Télérama.

Suppression du juge d’instruction : Tribune d’Eva Joly

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans le Monde du 15 janvier. Avec liste des affaires en désespérance au fond des tiroirs de la justice et privilèges accordés par la junte à ses proches, Tapie, Marchiani…

Les atteintes aux Droits de l’Homme, c’est forcément chez les autres

Y a-t-il une place pour les droits de l’homme au sein de la diplomatie française. Selon Bernard Kouchner, non. Nous suggérons donc au Président de la République de rattacher Yama Rade au Ministère de l’Intérieur, histoire de faire respecter les Droits de l’Homme au moins en France.

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Dessin : Martin VIDBERG http://vidberg.blog.lemonde.fr/

Saviez-vous que le Commissaire aux Droits de l’homme de l’Union européenne a visité la France récemment ? Connaissez-vous le contenu de son rapport ?

Thomas Hammarberg, de son nom, a estimé que seules les geoles moldaves (c’est un pays entre la Roumanie et l’Ukraine) sont pires que les prisons françaises. Et il y a eu plus de 100 suicides dans ces dernières en 2008. Pourtant, après les peines plancher adoptées en 2007, on continue à annoncer des mesures répressives qui ne peuvent qu’engorger plus les prisons. On parle même d’enfermer les gamins dès 12 ans ! Alors s’il te plait Rama Yade, reviens, la France a besoin de toi ! Comme première annonce, bien entendue non suivie d’action, tu pourras annoncer un plan de rénovation des prisons.

Le commissaire européen s’est par ailleurs ému des objectifs chiffrés d’expulsion d’immigrés clandestins. Il a estimé que cela poussait la police à des méthodes contestables, notamment dans l’enceinte des écoles… Il a dénoncé les conditions de rétention où adultes et enfants sont mélangés. Arrestation, détention, il ne manque que les dénonciations (la première a été enregistrée à Paris) pour nous rappeler les heures sombres de notre histoire… Alors s’il te plait Rama Yade, oublie la Chine et Kadafi et va voir Hortefeux. Le Prix Nobel de la Paix est peut être au bout du chemin.

Signons tous la pétition pour le rattachement de Rama Yade au Ministère de l’Intérieur.