Archive for the ‘Injustice fiscale’ Category

De la merde dans les têtes

Les cadres de l’assureur AIG touchent 120 millions d’euros de prime. « C’est scandaleux, ce groupe a survécu grâce à l’argent des Américains » entend-on  Outre-Atlantique. Et Obama fait voter une loi qui impose à 90 % les primes des cadres du groupe. « Bravo, ça c’est l’Amérique » s’égosillent nos chroniqueurs radio. Et Sarkozy d’embrayer avec les stock options que les quatre de la Société générale voulaient s’octroyer pas très élégamment. Ils renoncent. Et c’est le tour du patron de Valéo…

Que de ressentiments envers les patrons, les banquiers et les patrons banquiers. Encore un petit effort et on va finir par comprendre à quoi servent les impôts. Hô hisse, c’est dur de réfléchir. Ca fait mal à la tête. Les impôts, ça n’est pas que pour punir les cadres qui ont mal fait leur travail, ça n’est pas que pour les patrons qui gagnent des millions. Allez, on y est presque. Poussez encore, Madame. Oui, ça vient. Les impôts ça sert à redistribuer l’argent des gens qui en ont à ceux qui n’en n’ont pas assez. Ca y est mais que c’était dur.

Mais, voilà les gens ont de la merde dans la tête. Gad Elmaleh en est le prototype : incapable de réfléchir par lui-même, de sortir des axiomes prémâchés ressassés par l’establishment et ses médias. Il dit « 50 %, ça suffit, c’est déjà énorme ». D’autres disent « on va pas bosser jusqu’au 1er juillet pour rien » (cf Stéphane Guillon sur France inter). Incapables de douter, de se demander si l’africaine qui fait les bureaux, le mec du kiosque en bas ou l’instit des mômes sont à ce point là inférieurs aux « patrons du Cac 40 », s’ils « valent » vraiment 1000 fois, 100 fois, ne serait-ce que 10 fois moins.

Incapables de cette remise en question et pleins de mauvaise foi. Ce qui fait mal à Gad Elmaleh, c’est le montant qu’on lui prélève. Dans sa perspective, plus tu gagnes, plus les impôts qu’on te demande sont énormes et injustifiés. Peu importe ce qu’il lui reste pour vivre. C’est qu’il a peur de manquer le petit Gad. Il ne veut pas se rendre compte que des petits malins s’évertuent à lui créer des besoins et des codes de nouveaux riches : Rollex avant 50 ans pour les plus « modestes », séjours dans les palaces des plages mexicaines, voire tourisme spatial pour les plus fortunés. On entretient sa frustration là ou certains ont du mal à remplir leurs frigos. Avidité, quand tu nous tiens… Je n’irai  pas voir le film de Gad Elmaleh, je ne voudrais pas qu’il ait mal aux impôts qu’il paiera sur mon entrée.

Pourtant la crise est là pour fluidifier la réflexion des imbéciles. Ceux qui amassaient en un an ce que d’autres auraient mis plusieurs vies à gagner et se justifiaient en évoquant leurs RESPONSABILITES ont bien montré qu’ils ne contrôlaient pas grand chose, pas beaucoup plus que la femme de ménage de la Défense ou l’instit de Périgueux. Il faut vraiment avoir la merde bien tassée dans la boîte cranienne pour ne pas se rendre compte, maintenant, que rien ne justifie les inégalités, abyssales ou plus modérées, que connaissent les pays industrialisés, pour ne parler que d’eux.

Pire, si on poussait extrêmement loin la réflexion, on se rendrait compte qu’un peu de redistribution aux USA aurait permis aux Américains modestes d’acquérir une maison, une voiture sans avoir à contracter ces emprunts risqués. Un peu de redistribution aux USA aurait empêché tous les Madoff de jouer avec le feu en proposant ces produits financiers risqués (la fiscalisation très élevée des très hauts revenus rendant ce type d’entreprise peu profitable) et toutes les familles aisées d’avoir trop de pognons à y placer. Autrement dit redistribuer aurait permis d’éviter aux pauvres de faire des conneries en empruntant et aux riches de faire des conneries en spéculant. Tout bénef…

Mais pour en arriver là, faut être au moins prix Nobel… Genre, être capable de ne pas réfléchir en tant qu’individu à qui l’on spolierait la moitié de son butin mais comme observateur de la société et de son fonctionnement. Une vraie prouesse, quoi…

Et si conceptuellement, c’est trop dur, voilà une image :

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Qu’apprend-on ? De la crise de 29 aux années 60, les Etats-Unis ont appliqué un taux d’imposition de près de 90 % sur la dernière tranche des très hauts revenus.  Oui oui, il s’agit bien des Etats-Unis … avant la révolution conservatrice des années 70 et ses jeunes obligés de partir en Irak pour se payer des études, ses hôpitaux qui  vous demandent si vous êtes assurés avant de vous soigner. On appelle cela un taux d’imposition confiscatoire, vous avez bien lu, confiscatoire.  En fait, peu de personnes étaient imposés sur la dernière tranche. Un tel système décourageait les très hauts revenus. Cela n’a pas empêché les dirigeants de s’investir  et le capitalisme de prospèrer. Cela aurait juste découragé les cupides Madoff and Co de monter des affaires risquées. Et puis, ça a été la descente aux enfers…

Et dire qu’en France, depuis une dizaine d’années nos élites « éclairées » veulent nous amener sur cette voie en nous racontant qu’en laissant les riches s’enrichir, la richesse ruissellera vers les pauvres et qu’à l’inverse trop d’impôt tue l’impôt en  faisant fuir le contribuable aisé en Suisse… Résultat un déficit de plus de 100 milliards d’euros en 2009, en partie du aux baisses d’impôts consenties depuis 2000 :

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Et aujourd’hui, notre triste establishment, l’hebdomadaire Marianne en tête, de disserter sur l’erreur de Sarkozy, lui qui refuse de revenir sur les 3 ou 400 malheureux millions d’euros que représente  le bouclier fiscal.  Et nos médias de relayer l’indignation d’untel ou untel sur les parachutes  dorées, stock options et autres primes accordées aux cadres de l’industrie et des banques. C’est de l’enfumage de nantis et/ou d’imbéciles caractérisé.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce que la crise impose c’est  de remettre à plat le bouclier fiscal mais aussi l’ensemble du paquet fiscal, les baisses d’impôts sur le revenu consentis par Chirac et même les premières niches fiscales concoctées par Jospin.

Et nos pauvres syndicats qui tergiversent sur la suite à donner aux manifestations. C’est pourtant simple les gars. Demandez au gouvernement de faire le point sur les baisses d’impôts consentis depuis 2000 et de faire des propositions pour rétablir la justice et l’efficacité fiscale. Et on voit le 1er mai dans la rue si ça convient, si ça convainc…

Ouvrez vos esgourdes…

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Les libéraux bougent encore (1/2)

La crise débouchera-t-elle simplement sur de nouvelles « régulations » de la finance mondiale ou remettra-t-on en question les inégalités profondes au sein même des pays les plus riches ? Peut être verra-t-on même un nouveau modèle économique émerger ? Qui sait, l’homme, ce salarié-consommateur qui a l’illusion d’exister grâce aux médias de masse, prendra peut-être le contrôle de la matrice ?

Qu’est-ce que cette économie verte vantée à longueur de discours ? Mettra-t-on un pansement sur une jambe de bois à grands coups de subventions gouvernementales ou se dirigera-t-on vers des modes de vie moins à consommateurs et destructeurs ?

Ces dernières semaines, vous-êtes vous surpris à avoir une réflexion « décomplexée », à rêver ? Avez-vous eu le sentiment que la crise avait brisé les tabous qui nous enchaînaient ?  Peut-être, avez-vous même eu pitié pour Nicolas Sarkozy, ce triste résidu des Seventies, pensiez-vous, qui ne manquerait pas d’être emportée par la lame de fond symbolisée par Obama et ses projets de sécurité sociale ?

Hélas, j’ai le regret de vous annoncer que la partie est finie. J’espère que vous en avez profité. En une, le Monde relatait hier comment le Fonds monétaire international (FMI) a conditionné son soutien à la Lettonie et la Hongrie à la réduction de leurs dépenses publiques et plus précisément à la baisse des émoluments de leurs fonctionnaires. Trop occupé, son Directeur général n’a manifestement pas réformé la doctrine de l’institution…

Quant à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle recommande à la France, dans son rapport « objectif croissance 2009« , d’assouplir sa législation du travail et de limiter la hausse du salaire minimum.

Sans grande surprise à vrai dire, les institutions internationales, ont donc opté pour le statut quo et l’explication a minima : c’est la défaillance des régulations qui a causé la crise. Il faut instaurer de la TRANSPARENCE sur les marchés financiers.

Dans la guerre d’interprétation de ce qui est en train de se passer, les plus tenaces libéraux expliquent en fins dialecticiens que c’est la présence des Etats, même résiduelle, qui a induit la crise. En leur absence, de telles bulles spéculatives n’auraient pas enflé. Les plus modérés concèdent du bout des lèvres que la levée des entraves à la circulation des capitaux qu’ils ont supportée a eu des effets pervers inattendus. Ils estiment qu’une réforme de la finance mondiale suffira à faire disparaître les risques.

Dans le monde paradisiaque que les libéraux nous promettent après cette réforme, il n’y aura plus de crise. Ne nous attardons donc pas sur le fait que les pays où la dépense publique est forte sont aujourd’hui moins exposés aux difficultés. Inutile de constater que les pays qui ont le mieux appliqué la sauce des institutions internationales, à base de liquidation des services publics et de détricotage du droit du travail, comme les Etats-Unis, l’Angleterre ou l’Irlande, sont ceux qui plongent. Continuez comme hier puisque demain, on rase gratis.

Cette crise, pourtant largement désignée comme la plus profonde depuis la grande dépression, a donc échoué à remettre en question les certitudes libérales. Tout peut continuer comme hier. Sous des atours de recherche de la croissance mondiale mâtinée de préservation de l’environnement (!) et sournoisement assimilée au bonheur universel et à la prospérité collective, les institutions internationales peuvent persister à promouvoir la compétition entre les économies mondiales au profit d’un petit nombre de privilégiés transnationaux et refuser de chercher à limiter ce que cela a de plus destructeur.

Manifestement peu convaincu par l’attentisme des institutions, l’économiste américain de gauche Immanuel Wallerstein déclarait il y a quelques mois au Monde, « il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle ». La preuve est faite que nous ne pouvons compter que sur nous-même.

Victoire à la Pyrrhus face au gouvernement

troie12,6 Milliards pour les gens modestes avant hier, 600 millions pour l’Outre mer aujourd’hui. Réjouissez-vous pour les familles qui vont vivre un peu mieux quelques jours durant. Mais ne croyez pas avoir imposé un hypothétique « virage social » au gouvernement. Ne croyez surtout pas lui avoir joué un mauvais tour. Bien au contraire. Du pain béni.

« Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus », c’est ce que disait le roi grec Pyrrhus peu de temps avant la débâcle de son armée exsangue face aux Romains. C’est aussi ce que devraient se dire Thibaut, Chérèque et Aubry avant la mobilisation du 19 mars. Eux qui sont déjà, pour filer la métaphore héllénistique, dans la situation des Troyens voyant les Grecs s’éloigner en laissant derrière eux le magnifique cheval.

Qu’on en juge. Quelques 20.000 Californiens doivent recevoir ces jours-ci une charmante missive leur apprenant leur licenciement « probable » en juillet. En panne de recettes fiscales, l’Etat de Californie n’a tout simplement plus les moyens de payer ses fonctionnaires.

Voilà ce qui se profile chez nous dans quelques mois, quelques années. Le déficit va grimper, grimper… Et il ne restera d’autres solutions que de d’en finir avec l’Ecole, l’Université, l’Hôpital… Les classes populaires que l’on aura voulu aider pendant la crise en feront finalement les frais. Quel beau cadeau aux libéraux. Quel cruel paradoxe.

Le 19 mars, demandons enfin un peu de solidarité entre la France d’en haut et la France d’en bas, entre la France d’aujourd’hui et la France de demain. Réclamer des mesures face à la crise ne suffit pas, il faut les financer dès aujourd’hui.

Revenons sur le paquet fiscal pour payer le paquet social.

Qui va payer la crise ?

Derrière la vindicte de circonstance contre les bonus…

Faut-il supprimer leurs primes aux patrons ? Oui, oui et oui répondent les sondés. Et le pouvoir de parader quand les banquiers renoncent à leur bonus. Et de s’attaquer aux traders…

Quand bien même le justicier parviendrait-il à interdire le versement de dividendes aux actionnaires des groupes automobiles subventionnés, il ne ferait alors que couper les têtes qui dépassent ou l’arbre qui cache la forêt. Il serait en fait, à dessein ou non, le garant du système mondial hérité des années 1970 et de ses injustices.

Ce système reposait sur un contrat implicite : les responsables de l’économie mondiale se gavaient mais garantissaient en échange une vie relativement confortable (sous forme d’emploi et de protection sociale) à la populasse, tout au moins occidentale. Monnaie contre bouffe, piaule et loisirs pas chers, en somme. L’abandon de la lutte des classes s’est fait à ce prix.

La première partie du contrat a été respectée. Ainsi, la part des salaires des américains du centile (le 1 %) le mieux rémunéré est passée de 8 à 16 % de l’ensemble des revenus aux Etats Unis entre 1970 et 2004. Le phénomène est plus récent en France. Les revenus des Français des 9 déciles (90 %) les moins bien rémunérés ont augmenté de 1 % entre 1998 et 2006 contre 8 % pour le décile (10 %) et 18 % pour le centile (1%) le mieux payé. Les « happy few 0,01 % » ont vu leur revenu grimper de 70 %. Et encore ne parle-t-on que des revenus du travail…

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La seconde partie du contrat n’a jamais été respectée. D’abord, il y a eu le chômage. Les maîtres du monde répondaient compétitivité, coût du travail et flexibilité. Peur de perdre le peu qu’ils avaient, les pauvres et leurs représentants se sont exécutés. Maintenant, la crise est là, dûre, durable. Les responsables de l’économie mondiale n’ont pas su l’éviter. Ils ne contrôlaient rien en fait. Et ce marché était un jeu de dupe. Du racket.

Que faire maintenant ? Faut-il relancer l’économie par l’investissement ou par la relance. En d’autres termes, faut-il donner des contrats aux entreprises ou du pouvoir d’achat aux Français ?

…et l’imposture du débat relance par l’investissement ou par la consommation…

Les partisans de la première option observent que, quitte à creuser le déficit, autant doter le pays d’infrastructures qui lui feront gagner les défis de demain (et autre stupidité du genre). Ils soulignent aussi que les manufactures chinoises seraient les principales bénéficiaires d’une relance par la consommation, ce qui n’est pas le but, faut-il le rappeler.

En face, on se demande malicieusement quel avantage compétitif confèrera à notre cher pays le plan de rénovation des cathédrales. On souligne que les projets du secteur des transports ne sont ni plus ni moins que ceux gelés par le Grenelle de l’environnement. Surtout, on note que  la mise en oeuvre du plan de relance dans le bâtiment (quand le bâtiment va, tout va ?) et l’automobile sera longue et son effet dilué.

Finalement, il semble qu’il n’y ait pas de solution miracle. De la monnaie sonnante et trébuchante dont une partie s’évadera vers l’Asie ou de l’argent introduit dans le tortueux circuit du bâtiment et de l’automobile. La vraie question est ailleurs. Qui va payer la crise ? Qui va payer ce plan de relance et les suivants bien sûr mais aussi les manques de rentrées fiscales jusqu’au retour de la croissance ?

se cache la seule vraie question : Qui va payer la crise ?

Selon la cour des comptes, l’endettement de la France qui représente actuellement 64 % de son PIB, soit 50.000 euros par actifs, pourrait  s’élever  à plus de 80 % du PIB en 2012. Je vous laisse faire le calcul. Le gouvernement feint de croire que la croissance permettra de redresser ces comptes. Mais surtout, il continue de réduire les « dépenses de fonctionnement », en fait le nombre de fonctionnaires et le service public avec. Il n’est nullement question de hausses d’impôts. Il arbitre donc clairement en faveur d’un paiement de la crise par les pauvres.

En fait, le gouvernement utilise ces deux faux débats pour détourner l’attention des Français sur les deux seules questions qui vaillent. Est-il légitime que les pauvres paient la crise dont ils sont les victimes et non les responsables ? Le racket doit-il continuer ?

Pour aller plus loin :

Où il est démontré que la caste des nantis s’en fout plein les fouilles.

Taxer les hauts revenus

Introuvables inégalités de salaires

Défiscalisation des heures sup, déshabiller Pierre pour habiller Paul

A peine élu, le candidat du « TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS » a légitimement fait adopter un ensemble de mesures appelé « paquet fiscal » ou loi TEPA (pour travail, emploi et pouvoir d’achat) censé donner corps à son programme électoral. Certaines mesures ont été un peu controversées comme « l’aménagement » de l’ISF, le bouclier fiscal à 50 % ou l’allègement des droits de succesion. Cruellement pour certains, sans surprise pour les autres, le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers n’a pas été rétroactif. La défiscalisation des heures supplémentaires a été la plus consensuelle de toutes les mesures. Elle était censée mettre en application le slogan présidentiel et favoriser la « working class ».

Jeudi 29 janvier, le Figaro relatait en avant première le rapport que Bercy a consacré à cette mesure. Dans un article intitulé « le succès de la loi sur les heures sup« , il rapportait que 5,5 millions de salariés ont réalisé 750.000 heures supplémentaires en 2008. Rappelant que ces chiffres ne peuvent être comparés faute de données sur la situation pré-éxistante à la loi TEPA, le quotidien de droite extrapolait pourtant : « la loi Tepa a donc accru de 20% le montant des heures supplémentaires effectuées en France » pour retomber sur ses pattes d’avionneur : « Un franc succès mais pas une révolution ». Il omettait en revanche, comme c’est dommage, de donner les points de vue divergents tels ceux de l’opposition et de certains économistes.

C’est dommage parce qu’à l’inverse, le Monde titrait : « la défiscalisation des heures sup’ n’a pas eu l’effet escompté« . Il relayait largement le point de vue du Président socialiste de la Commission des finances de l’assemblée nationale, Didier MIGAUD. Ce dernier soulignait en effet dans un communiqué que le nombre d’heures supplémentaires réalisées et le gain pour les bénéficiaires, bien que surévalués dans le rapport, sont très inférieurs aux estimations avancées en 2007.

Libération relayait quant à lui la seconde critique de Migaud en titrant :  » Les heures supplémentaires ont-elles un coût démesuré ?« . Le quotidien de gauche se préoccupait du coût élevé de la mesure (estimé à 4,4 milliards d’euros par an dans le rapport), supporté qui plus est par des finances publiques très dégradées, par rapport à son impact sur l’économie. Il mettait également en doute sa pertinence dans le contexte actuel de forte remontée du chômage.

L’économiste Eric Heyer interviewé par le Monde confirmait bientôt ces doutes. Selon lui, les entreprises ont préféré avoir recours aux heures supplémentaires et se séparer de leurs CDD et intérimaires. Il estimait qu’en ces temps de crise, cette mesure a « ajouté du chômage au chômage ».

En prenant un peu de recul, on peut se désoler du relatif désintérêt de la presse pour ce rapport (à ma connaissance, seulement 4 articles dans les trois quotidiens de référence). Il est vrai que le changement de conjoncture rend l’évaluation complexe et qu’il est plus facile et probablement plus vendeur de traiter le plan de relance. Mais, les Français qui ont assez massivement adhéré au « travailler plus pour gagner plus » de la campagne présidentielle ne méritent-ils pas de connaitre les résultats de la mesure censée mettre en pratique ce slogan ? Mais, il est encore temps d’y consacrer un dossier.

Le cartésien idéaliste que je suis aimerait en effet que soit démêlée la controverse qui pourrit littéralement le débat politique français (et la vie des Français) depuis 10 ans. Celui-ci oppose les tenants du « travailler plus gagner plus », « le travail, ça ne se partage pas » et autres « le travail fait le travail » à ceux qui ont promulgué les 35 heures espérant faire baisser le chômage et améliorer la qualité de vie des Français.

Mais peut-être doit-on faire une croix sur l’idée d’une politique économique éclairée, au moins dans ses grandes lignes, par la raison ? Et accepter que les discours idéologiques de droite ou de gauche aient le dessus. Que la politique se résume à la grande loterie des élections.

Dans cette hypothèse, notons alors que la gauche, que la détestation populaire des 35 heures finement orchestrée par la droite a tenu éloigné du pouvoir depuis plus de 10 ans, bénéficie là d’un puissant levier pour inverser la vapeur. En effet, si l’on s’en tient aux observation d’Eric Heyer, force est de constater que la seule mesure de la TEPA destinée aux catégories populaires enfonce en fait encore plus les précaires pour maintenir la tête des travailleurs modestes hors de l’eau. En fait ce gouvernement donne aux plus riches et, pour aider les pauvres, on déshabille Pierre pour habiller Paul. Voilà le vrai visage du « travailler plus pour gagner plus ».

Exégèse des manifestations

Faute de grive, on mange des merles. En l’absence de réaction du Président Sarkozy himself, nous voilà obligés de commenter la réaction d’Eric Woerth, toujours Ministre du Budget et dernier membre du gouvernement autorisé à s’exprimer après les gaffes à répétition de Lagarde, Dati et autre Alliot Marie.

Woerth estimait ce matin sur Europe 1 que la foule immense qui défilait hier dans les rues françaises avait voulu exprimé « un message d’inquiétude et de mécontentement par rapport au système » mais pas « un rejet de la politique du gouvernement ».

Concernant « le mécontentement par rapport au système », bravo Monsieur Woerth, c’est manifeste. Mais, permettez-nous de vous dire que vous en sous-estimez la profondeur.

En effet, si les Français ont abandonné massivement la lutte des classes il y a plusieurs décennies et s’ils ont toléré les inégalités croissantes, c’est parce que leur situation matérielle restait confortable. Mais la défiance vis-à-vis des « nantis » est de retour. Ca n’est probablement pas une bonne chose pour la cohésion du pays mais c’est un fait.

Les français voient arriver des mois très difficiles voire un cataclysme, on parle de banqueroute en Grande Bretagne et en Californie… Ils savent qu’à côté de ce qui les attend, les crises des années 70, 80 et 90 auront été de gentilles farces. Mais, ils comprennent aussi qu’ils n’ont ni conçu, ni surtout profité des produits financiers qui ont causé le désastre.

Les gesticulations gouvernementales pour interdire aux patrons de toucher leur bonus annuel ne dupent personne. Pour limiter la casse, il va falloir une politique de redistribution de ceux qui ont profité du système (et rien ne les en empêchait) vers ceux qui vont en pâtir. Soit l’inverse de la politique que vous avez mise en place jusqu’alors. Peut-on vous suggérer d’envoyer un signal très fort dans ce sens pour qu’à une crise économique ne s’ajoute pas une crise de confiance sociale potentiellement violente.

Cela nous amène naturellement vers la deuxième partie de votre message. Selon vous, il n’y aurait pas de « rejet de la politique du gouvernement ». Vous parlez du plan de relance d’abord, « un ensemble d’actions concrètes avec beaucoup d’argent à la clef ». Vous faîtes sans doute référence à la construction d’un deuxième EPR, annoncée hier soir. Doit-on vous rappeler que les travaux ne commenceront pas avant 2012 ? Inclure cela et la construction d’autoroutes et de TGV dans les mesures favorables à la relance relève au mieux de légèreté, au pire de mépris pour ceux qui sont en train de perdre leur emploi. Permettez-nous donc de douter de l’efficacité de ce plan de relance ?

Ensuite, vous dîtes que les réformes, notamment la chasse aux fonctionnaires, vont se poursuivre. Doit-on vous apprendre que des gens très intelligents, pas de dangereux gauchistes, plutôt des libéraux, s’interrogent sur l’impact dans le contexte de crise aujourd’hui des politiques  Reagan et Thatcher qui ont démantelé dans les années 70-80 les services publics dans leurs pays respectifs ? A défaut d’avoir compris que cela permet à l’ensemble d’une population de vivre dignement (scolarité, santé…), ils sont en train de découvrir que la présence d’une fonction publique permet d’atténuer les effets de la crise.

Mais c’est ce que vous reconnaissez implicitement quand vous parlez « de la chance d’avoir des transferts sociaux importants ». On ne comprend plus. Ou plutôt si, on comprend que le programme avec lequel vous avez été élu n’est plus qu’un champ de ruine et que la schizophrénie vous guette.

Et puis, il y a des choses dont vous ne parlez pas. Les RG n’étaient peut être pas dans les cortèges, probablement victimes de départs-à-la retraite-non-remplacés intempestifs. A moins que vous ne soyez atteint d’une forme d’autisme.

Pour masquer les limites de son action, les statistiques ne montrant pas l’amélioration fulgurante que l’énergie et la loghorée pré-électorale laissaient présager, le gouvernement s’est laissé aller à faire de la basse politique. Il n’a eu cesse  de stigmatiser des boucs émissaires (récidivistes, fous, jeunes délinquants, sans papier, chômeurs, ultragauche, syndicats, fonctionnaires) et d’adopter des lois aussi inutiles que dangereuses pour les libertés individuelles (rétention de sûreté,  peines plancher, fichier EDVIGE remanié, suppression du juge d’instruction…). C’est cela que les manifestants voulaient vous dire. Et la nomination prochaine du PDG des groupes de l’audiovisuel public  par le Président de la République n’est pas faite pour rassurer.

Un dernier grief du pavé, enfin. Si le citoyen a vu ses libertés réduites, les amis du pouvoir ont été gâtés. Tapie s’est vu grassement rétribuer son soutien pré-électoral. Marchiani a bénéficié d’une grace spéciale. Et la suppression du juge d’instruction ouvre la boite de Pandore en matière de magouilles de toutes sortes.

Enfin, les entrepreneurs qui gravitent autour du chef de l’Etat  (Bouygues, Bolloré et consort) n’ont pas été oubliés notamment dans le cadre de la suppression de la publicité sur France télévision. Et la découpe des services publics (l’éducation, l’hôpital…) aiguise déjà les appétits…

En résumé, Monsieur Woerth, vous auriez tort de penser que les Français n’ont manifesté hier que contre le système. S’ils sont déscendus dans la rue, c’est parce qu’ils s’opposent à l’avènement d’une république bananière et réprouvent la politique faite de régression des libertés individuelles qui a été la vôtre jusqu’alors. Concernant la crise, ils ont pris les devants en réclamant plus de solidarité et la fin de la casse du service public, autant d’idées traditionnellement étrangères à votre action. Merci de faire passer.

Woerth n’a rien compris

François Fillon disait hier soir que « le rôle du gouvernement n’est pas de faire des gestes ». Comment qualifier alors le paquet fiscal adopté peu après les dernières élections ? Ne s’agit-il pas d’un geste à l’attention des Français les plus aisés ?

pelleEric Woerth disait hier matin que plutôt que de faire des grèves, les Français devraient « se serrer les coudes ». Pourquoi n’abroge-t-il pas alors ces baisses d’impôts (baisse de l’ISF, bouclier fiscal à 50 %, suppression des droits de succession…) qui s’adressent à une catégorie de Français que la crise ne menace pas ?

Woerth, encore lui, appelait les Français à penser à l’avenir de leurs enfants plutôt qu’à manifester. C’est précisément ce que nous faisons quand nous regrettons cette mesure qui coûte 10 milliards d’euros par an et qui fait augmenter le déficit de l’Etat d’autant.

Woerth, décidément pas en panne de connerie, a demandé aux Français de devenir « acteurs de la sortie de crise ». C’est ce que je ferai demain en manifestant pour que le gouvernement abroge le paquet fiscal. On pourra alors dire que les Français se serrent les coudes et qu’ils n’hypothèquent pas l’avenir de leurs enfants.

Petit traité d’éradication d’un service public

Le secrétaire national de l’UMP en charge de la santé, le Professeur Juvin, affirmait le week end dernier que 10.000 personnes meurent chaque année dans les hôpitaux français du fait de « l’exercice de la médecine ». Selon lui, ces décès dus à des « erreurs d’organisation » sont « évitables » en mettant en oeuvre à l’hôpital « l’analyse systémique des risques » que l’on doit à l’aéronautique.

Ah on ne se lasse pas de ces annonces tirées du manuel du bon petit soldat du libéralisme, au chapitre « éradication d’un service public » :

Première étape : Mise en exergue de mauvais résultats

Il faut tout d’abord trouver une unité. Pour l’hôpital, c’est le décès accidentel. Pour l’école, c’est le jeune-qui-lit-mal-à-l’entrée-en-sixième. Pour l’université, c’est le jeune-qui-quitte-le-système-scolaire-sans-diplôme. Pour l’ANPE, c’est le ratio nombre de chômeurs en France/offres d’emploi non pourvues. Pour le docker de Marseille, c’est le nombre d’heures travaillées par rapport à ses homologues barcelonais. Ensuite, il faut mettre un chiffre extravagant devant, extrapolé d’une étude américaine ou carrément sorti du cerveau d’un salarié dérangé de l’ANPE (souvenez-vous).

Seconde étape : Coupes budgétaires et propositions fantoches

Fermez des lits, diminuez le nombre de postes d’enseignants, supprimez la pub sur France télévision… Mais attention, pour masquer votre incurie, proposez des solutions… les plus ineptes possibles,  retour à l’apprentissage ancestral de la lecture et autre analyse systémique… à un personnel accablé… mais assuré de votre magnanime soutien.

Troisième étape : liquidez ce qui reste à liquider

Vous avez gagné, la qualité des services s’est dégradée. Les français mettent leurs mômes chez les curés. Ils vont se faire soigner dans le privé. Il ne reste plus qu’à vendre France 4 et France 5 pour pas cher à Bolloré.

Et puis, si, sans donner un blanc seing au public, vous vous demandez si la privatisation des services publics est bien la solution à l’échec scolaire, à la médecine à deux vitesses etc…, vous faites probablement partie des 63 millions de cons qui peuplent ce pays-de-merde auxquels le porte parole de l’Elysée pensait très fort lorsqu’il déclarait début janvier :  » L’impulsion politique est en totale rupture. Mais la difficulté est de faire embrayer l’administration, le Parlement, les institutions »…

On espère qu’entre deux formulaires les médecins pourront soigner quelques malades…

Du bon usage des reliques politiques

On appelle reliques les représentants actuels de groupes archaïques jadis prospères, bien connus par les fossiles ou traces fossiles qu’ils ont laissés.

Le Larousse, à propos des reliques zoologiques et botaniques

Il l’a fait.

Alors que trois patients ont trouvé la mort en quelques jours dans les hôpitaux français faute de soins adaptés, Eric Woerth, le Ministre du Budget a reproché aux 35 heures « d’avoir mis la pagaille dans l’hôpital qui a aujourd’hui bien du mal à s’en remettre ». Alors que la droite a les pleins pouvoirs depuis près de 8 ans, il l’a fait.

On comprend mieux pourquoi le Président n’a pas voulu abroger la fameuse loi Aubry. Il en avait pourtant les moyens depuis son élection et sa majorité le pressait de le faire (quels balourds ces députés !). Un acquis social feignait-il de croire. En fait, un formidable repoussoir dont la simple évocation permet au gouvernement de se dédouaner de toute responsabilité. Quelle finesse !

On aurait pu avoir un vrai dialogue sur les perspectives de l’hôpital public en France. On aurait pu savoir si ces drames étaient juste surexposés médiatiquement en période de fêtes ou s’ils montraient une réelle dégradation de la situation. Trop de transparence pour notre bon régime. Mieux vaut utiliser une vieille ficelle pour rendre les Français à leur foie gras.

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Eloi VALAT http://dessin.blogs.liberation.fr/eloi_valat/2007/10/corridas.html

En effet, depuis 2 ans, le gouvernement a parsemé son action de chiffons rouges prêts à être brandis pour mieux écarter le taureau du torréador qui est en train de le saigner. Les 35 heures est l’une de ces reliques politiques faciles à instrumentaliser de même que l’ISF.

De fait l’ISF a été vidé de son sens par le paquet fiscal, aucun ménage ne pouvant reverser plus de 50 % de ses revenus aux impôts. Pourquoi ne pas l’avoir purement et simplement supprimé ?

Nous en reparlerons certainement dans les prochaines semaines. En complément des plans de relance, le FMI a en effet appelé à un « choc fiscal ». Les allemands s’apprêtent à céder en procédant à une baisse massive des impôts. Et je serais bien surpris si les autorités françaises n’accablaient pas cet ISF pourtant fantôme (exception française, blablabla…) afin que les baisses d’impôt n’oublient pas les plus aisés le moment venu.

Me reste à vous souhaiter une bonne année. Ce blog essaiera, peut être jusqu’en 2010, de déchiffrer les stratégies communicantes du pouvoir (sans doute de ma plus pure invention). Celles qui permettent de masquer les méfaits des baisses d’impôts pour les plus aisés, celles qui permettent de masquer les cadeaux aux copains, Bolloré, TF1… et autres atteintes aux Droits de l’Homme.

A ce propos, on attend pour demain l’annonce de la suppression des juges d’instruction. Ces derniers sont chargés d’instruire les affaires complexes comme les scandales politico-financiers. C’est sans doute un hasard. A moins que l’on assiste encore à un de ces rebondissements orchestrés…

Je vous laisse, je vais vomir. Et ce n’est pas le foie gras.

Dessin : Eloi VALAT http://dessin.blogs.liberation.fr/eloi_valat/2007/10/corridas.html

Réforme de la seconde : faire sauter un fusible pour préserver les « acquis »

Le Ministre de l’Education a donc ajourné sa réforme de la classe de Seconde. Il estime toutefois que le contenu du projet n’est pas le véritable « enjeu des réactions ». On est doublement d’accord avec lui.

D’abord, on serait tenté de dire que le problème c’est plutôt l’absence même de contenu. Encore une coquille vide pour montrer que le Gouvernement REFORME. Quand il remettra sa nouvelle copie, nous saurons en effet gré au Ministre de nous expliquer quel est le problème du lycée et de la classe de seconde en particulier et en quoi la réforme proposée constitue une réponse. Par exemple, on parle beaucoup d’une crise des vocations scientifiques chez les jeunes, particulièrement préoccupante dans le contexte qu’il est convenu d’appeler économie de la connaissance. Et pourtant, des esprits taquins rappellent que dans le cadre de cette réforme de la Seconde, la SVT et la physique ne seraient plus qu’optionnelles. De là à parler d’une réforme à contre-emploi…

dsc_0068Donc cette réforme est vide de sens, tellement vide que l’on voit à travers. Et que voit-on à travers ? Le budget 2009. Il prévoit la suppression de plusieurs milliers de postes des Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté (rased). La moindre des choses serait d’expliquer en quoi ces structures sont inadaptées et en quoi leur remplacement par des heures de soutien dispensées par les enseignants pourra palier à cela. Rien.

Bref, il faudrait rappeler à M. DARCOS que l’élection ne dispense pas les élus de justifier leurs projets. Sinon c’est l’abus de pouvoir et l’aristocratie élective. En d’autres termes : « on n’est ni des cons ni des moutons ».

Et les enseignants avec leurs grèves préventives aux mots d’ordre fourre-tout, revendications salariales inclues, ne viennent pas toujours au secours du gouvernement en se faisant détester de l’opinion publique et ses sondages JDDesques.

Parfois ce sont les lycéens qui se mobilisent. Et dans ce cas mieux vaut ne pas risquer un affrontement avant des fêtes qui s’annoncent déjà moroses, crise oblige. Mieux vaut rétropédaler.

Mieux vaut rétropédaler avant que ne soient contestées en bloc réforme de la seconde et suppressions de postes (13500) au budget 2009. Faudrait quand même pas que les Français mettent leur nez dans la politique. Et puis on a octroyé une aumône fiscale de 10 milliards à nos électeurs fortunés, il faut bien les supprimer ces postes, sinon le déficit va devenir abyssal. Vite un cordon de sécurité.

Mieux vaut rétropédaler avant que ne soient contestées toutes les réformes qui font grincer les dents. Nous sommes sur le point de faire bosser les Français le dimanche et de mettre France Télévision au pas. N’ouvrons pas de trop nombreux fronts. L’édifice pourrait s’écrouler d’un coup. Et nos amis Bouygues, Bolloré et consort pourraient être fâchés. Vite un fusible.

Photo : Vogelsong http://piratages.files.wordpress.com