Archive for the ‘Coup de pelle’ Category

Tu es trentenaire, tu réussis dans la vie, deviens libéral…

En ces temps d’anomie politique et d’OPA sur les votes socialistes, à quoi bon s’obstiner à défendre le collectif alors que les catégories fragiles continuent leur  tour de l’échiquier politique, communistes avant 81, frontistes en 2002 et sarkosystes en 2007… Pourquoi ne pas se laisser aller ? Pourquoi ne pas virer libéral ?

A première vue, Sabine Hérold et le parti Alternative libérale qu’elle représente sont plutôt sympathiques. Elle s’inquiète des dérives autoritaires du régime au pouvoir, elle se positionne contre la loi Hadopi, elle analyse comment les bouffonneries de Besancenot servent Sarkozy.

Les choses se gâtent quand on aborde le projet politique. L’Etat doit se cantonner à la police, la justice et le contrôle. Soit. Pour les fonctions un peu moins régaliennes, l’Etat peut déléguer. Ainsi, en matière d’éducation, les parents pourraient payer les officines chargées de l’instruction de leurs rejetons avec des vouchers (des avoirs ,en français) que l’Etat délivrerait en lieu et place du financement de l’Education nationale actuelle.

Se sentant en terre de gauche, Sabine Herold s’est probablement sentie obligée d’affirmer que les vouchers réglerait le problème des ZEP. Et c’est là que tout a dérapé. Selon elle, la mesure permettrait de niveler les dépenses d’éducation, très différentes d’un lycée de centre ville à un collège de banlieue. Après nous être  longuement grattés la tête avec les collaborateurs de vendredi chez qui l’interview se déroulait, nous en sommes arrivés à la conclusion collective que ce système génèrerait des classes moins chargées dans des zones où le foncier est moins cher…

Mais il était temps de parler de la sécu. Et elle nous a encore fait le coup des vouchers … sans en démontrer plus l’intérêt, à part cette foi dans les bienfaits de la concurrence.

Mais on n’a pas envie de taper sur Sabine Hérold. On ne lui a peut être pas permis d’expliquer la cohérence de son projet. Peut-être a-t-elle trop voulu le présenter sous un angle gaucho-compatible.

Pourtant, les commentaires laissés sur les blogs des petits copains, Intox, piratage(s), hypos et reversus viennent confirmer la grande candeur du projet. Ainsi ce commentaire de Guronze sur le blog de Vogelsong :

Le but du “chèque éducation” n’est pas de faire de l’éducation un “business”, mais de permettre à différents types de pédagogies de se mettre en place. Si les lycées sont autonomes, ils devront chercher à attirer le plus d’élèves, et donc à mettre en place les pédagogies les plus appropriées, ainsi qu’à réduire au mieux les frais inutiles (ex: frais administratifs, qui mangent une grande partie du budget de l’Education nationale…) pour pouvoir utiliser cet argent à des fins plus utiles : engager plus de professeurs pour avoir des classes aux effectifs plus réduits (donc avec plus de réussite) ou mettre en place des activités attractives. Les Établissements qui mettraient en place des pédagogies qui réussiraient seraient ainsi imités par les autres, ce qui pousserait le niveau des lycées vers le haut.

Et moi qui croyait que le marasme actuel avait montré les limites de la politique à la petite semaine, des théories griffonnées sur un coin de table sans le moindre début de tentative de vérification des axiomes fondamentaux…

En résumé, Alternative libérale ressemble à un parti de trentenaires sympathiques et dynamiques à qui la réussite a donné envie de faire de la politique. On continuera à les suivre s’ils font des efforts pour amarrer leur projet dans le monde réel.

Publicités

De la merde dans les têtes

Les cadres de l’assureur AIG touchent 120 millions d’euros de prime. « C’est scandaleux, ce groupe a survécu grâce à l’argent des Américains » entend-on  Outre-Atlantique. Et Obama fait voter une loi qui impose à 90 % les primes des cadres du groupe. « Bravo, ça c’est l’Amérique » s’égosillent nos chroniqueurs radio. Et Sarkozy d’embrayer avec les stock options que les quatre de la Société générale voulaient s’octroyer pas très élégamment. Ils renoncent. Et c’est le tour du patron de Valéo…

Que de ressentiments envers les patrons, les banquiers et les patrons banquiers. Encore un petit effort et on va finir par comprendre à quoi servent les impôts. Hô hisse, c’est dur de réfléchir. Ca fait mal à la tête. Les impôts, ça n’est pas que pour punir les cadres qui ont mal fait leur travail, ça n’est pas que pour les patrons qui gagnent des millions. Allez, on y est presque. Poussez encore, Madame. Oui, ça vient. Les impôts ça sert à redistribuer l’argent des gens qui en ont à ceux qui n’en n’ont pas assez. Ca y est mais que c’était dur.

Mais, voilà les gens ont de la merde dans la tête. Gad Elmaleh en est le prototype : incapable de réfléchir par lui-même, de sortir des axiomes prémâchés ressassés par l’establishment et ses médias. Il dit « 50 %, ça suffit, c’est déjà énorme ». D’autres disent « on va pas bosser jusqu’au 1er juillet pour rien » (cf Stéphane Guillon sur France inter). Incapables de douter, de se demander si l’africaine qui fait les bureaux, le mec du kiosque en bas ou l’instit des mômes sont à ce point là inférieurs aux « patrons du Cac 40 », s’ils « valent » vraiment 1000 fois, 100 fois, ne serait-ce que 10 fois moins.

Incapables de cette remise en question et pleins de mauvaise foi. Ce qui fait mal à Gad Elmaleh, c’est le montant qu’on lui prélève. Dans sa perspective, plus tu gagnes, plus les impôts qu’on te demande sont énormes et injustifiés. Peu importe ce qu’il lui reste pour vivre. C’est qu’il a peur de manquer le petit Gad. Il ne veut pas se rendre compte que des petits malins s’évertuent à lui créer des besoins et des codes de nouveaux riches : Rollex avant 50 ans pour les plus « modestes », séjours dans les palaces des plages mexicaines, voire tourisme spatial pour les plus fortunés. On entretient sa frustration là ou certains ont du mal à remplir leurs frigos. Avidité, quand tu nous tiens… Je n’irai  pas voir le film de Gad Elmaleh, je ne voudrais pas qu’il ait mal aux impôts qu’il paiera sur mon entrée.

Pourtant la crise est là pour fluidifier la réflexion des imbéciles. Ceux qui amassaient en un an ce que d’autres auraient mis plusieurs vies à gagner et se justifiaient en évoquant leurs RESPONSABILITES ont bien montré qu’ils ne contrôlaient pas grand chose, pas beaucoup plus que la femme de ménage de la Défense ou l’instit de Périgueux. Il faut vraiment avoir la merde bien tassée dans la boîte cranienne pour ne pas se rendre compte, maintenant, que rien ne justifie les inégalités, abyssales ou plus modérées, que connaissent les pays industrialisés, pour ne parler que d’eux.

Pire, si on poussait extrêmement loin la réflexion, on se rendrait compte qu’un peu de redistribution aux USA aurait permis aux Américains modestes d’acquérir une maison, une voiture sans avoir à contracter ces emprunts risqués. Un peu de redistribution aux USA aurait empêché tous les Madoff de jouer avec le feu en proposant ces produits financiers risqués (la fiscalisation très élevée des très hauts revenus rendant ce type d’entreprise peu profitable) et toutes les familles aisées d’avoir trop de pognons à y placer. Autrement dit redistribuer aurait permis d’éviter aux pauvres de faire des conneries en empruntant et aux riches de faire des conneries en spéculant. Tout bénef…

Mais pour en arriver là, faut être au moins prix Nobel… Genre, être capable de ne pas réfléchir en tant qu’individu à qui l’on spolierait la moitié de son butin mais comme observateur de la société et de son fonctionnement. Une vraie prouesse, quoi…

Et si conceptuellement, c’est trop dur, voilà une image :

figure2

Qu’apprend-on ? De la crise de 29 aux années 60, les Etats-Unis ont appliqué un taux d’imposition de près de 90 % sur la dernière tranche des très hauts revenus.  Oui oui, il s’agit bien des Etats-Unis … avant la révolution conservatrice des années 70 et ses jeunes obligés de partir en Irak pour se payer des études, ses hôpitaux qui  vous demandent si vous êtes assurés avant de vous soigner. On appelle cela un taux d’imposition confiscatoire, vous avez bien lu, confiscatoire.  En fait, peu de personnes étaient imposés sur la dernière tranche. Un tel système décourageait les très hauts revenus. Cela n’a pas empêché les dirigeants de s’investir  et le capitalisme de prospèrer. Cela aurait juste découragé les cupides Madoff and Co de monter des affaires risquées. Et puis, ça a été la descente aux enfers…

Et dire qu’en France, depuis une dizaine d’années nos élites « éclairées » veulent nous amener sur cette voie en nous racontant qu’en laissant les riches s’enrichir, la richesse ruissellera vers les pauvres et qu’à l’inverse trop d’impôt tue l’impôt en  faisant fuir le contribuable aisé en Suisse… Résultat un déficit de plus de 100 milliards d’euros en 2009, en partie du aux baisses d’impôts consenties depuis 2000 :

1237298742_graph-bouclier_zoom

Et aujourd’hui, notre triste establishment, l’hebdomadaire Marianne en tête, de disserter sur l’erreur de Sarkozy, lui qui refuse de revenir sur les 3 ou 400 malheureux millions d’euros que représente  le bouclier fiscal.  Et nos médias de relayer l’indignation d’untel ou untel sur les parachutes  dorées, stock options et autres primes accordées aux cadres de l’industrie et des banques. C’est de l’enfumage de nantis et/ou d’imbéciles caractérisé.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce que la crise impose c’est  de remettre à plat le bouclier fiscal mais aussi l’ensemble du paquet fiscal, les baisses d’impôts sur le revenu consentis par Chirac et même les premières niches fiscales concoctées par Jospin.

Et nos pauvres syndicats qui tergiversent sur la suite à donner aux manifestations. C’est pourtant simple les gars. Demandez au gouvernement de faire le point sur les baisses d’impôts consentis depuis 2000 et de faire des propositions pour rétablir la justice et l’efficacité fiscale. Et on voit le 1er mai dans la rue si ça convient, si ça convainc…

Ouvrez vos esgourdes…

Michel Edouard Leclerc, conseiller occulte de Nicolas Sarkozy ?

Mais où Nicolas Sarkozy a-t-il appris à dire tout et son contraire toutes les dix secondes ?

Probablement auprès de MEL. Dans un spot radio, notre pourfendeur national de la vie chère (mais visiblement pas de la malbouffe) est capable de mettre en scène une petite fille, très contente que son père lui ramène des chips pour le diner (!). Soit. Mais, le spot se termine par le message réglementaire : « Pour votre santé, éviter de manger gras, sucré ou salé » !

Doit-on rappeler à notre défenseur du pouvoir d’achat (pardonnons-le, il a du sécher les cours de biochimie) que les pommes de terre sont riches en glucides (en sucres quoi !), que frites, elles sont grasses et que pour devenir chips, elles sont abondamment salées.

On impose un message « diététique » à Leclerc mais peut-on lui demander un peu de respect ?  Qu’il fasse de la pub pour les petits pois, le jambon, les patates… tout mais pas les chips, pas dans la bouche d’une gamine, pas pour un repas, pas suivie du fameux avertissement. On ne lui demande pas la lune, même pas d’épurer ses rayons, juste la dignité pour nos oreilles insultées.

M. Leclerc, on ne se faisait pas beaucoup de doutes sur la sincérité de votre « engagement » envers notre pouvoir d’achat. Mais doit-on définitivement conclure que la promesse d’une société de débiles et d’obèses vous comble d’aise ? Une société dans laquelle on assène tout et son contraire à des individus hébétés. Une société dans laquelle on nourrit les mômes avec des chips.

Je ne doute pas de la fiabilité de votre sytème de « veille » de l’internet. Merci de votre réponse.

Quant au célèbre émule de Michel Edouard Leclerc, la semaine écoulée a montré les limites de la méthode « du tout et son contraire ». Il a les fêtes pour y penser.

« Et toi t’en penses quoi de ce qu’ils font au gouvernement ? »

Il était question de mettre au trou à 12 ans les délinquants passés au travers du dépistage à 3 ans, de supprimer l’avantage fiscal scandaleusement accordé aux familles monoparentales dont la progéniture a quitté le nid et de rembourser les pertes en bourse de nos malheureux petits actionnaires floués, bref l’actualité était chargée.

Et ce soir là, l’impensable se produisit. Mon pote Manu -que la politique inspire fort peu habituellement- me demanda au bistrot « Et toi tu penses quoi de ce qu’ils font au gouvernement ? ». Désapprouvant profondément son choix du printemps 2007, je rêvais depuis longtemps de lui glisser quelque message bien senti lui suggérant de changer de bulletin en 2012. Et bien, résultat, j’ai lamentablement commenté ces annonces pathétiques, trop nombreuses pour une bonne analyse et trop chaudes pour juger de l’action du gouvernement dans son ensemble. Du bla bla pas convaincant pour deux sous. C’était consternant.

En rentrant chez moi la tête dans les épaules, je décidais de réagir : toujours avoir sous la main une analyse des dernières annonces, simple et percutante (histoire de pas y passer la nuit), surtout, une vision à moyen terme de ce qu’est réellement la politique du gouvernement au-delà de ces écrans de fumée quotidiens et enfin si possible, une idée sur une politique et une stratégie de communication alternatives.

Je commence quand ? Tout de suite.