Les libéraux bougent encore (1/2)

La crise débouchera-t-elle simplement sur de nouvelles « régulations » de la finance mondiale ou remettra-t-on en question les inégalités profondes au sein même des pays les plus riches ? Peut être verra-t-on même un nouveau modèle économique émerger ? Qui sait, l’homme, ce salarié-consommateur qui a l’illusion d’exister grâce aux médias de masse, prendra peut-être le contrôle de la matrice ?

Qu’est-ce que cette économie verte vantée à longueur de discours ? Mettra-t-on un pansement sur une jambe de bois à grands coups de subventions gouvernementales ou se dirigera-t-on vers des modes de vie moins à consommateurs et destructeurs ?

Ces dernières semaines, vous-êtes vous surpris à avoir une réflexion « décomplexée », à rêver ? Avez-vous eu le sentiment que la crise avait brisé les tabous qui nous enchaînaient ?  Peut-être, avez-vous même eu pitié pour Nicolas Sarkozy, ce triste résidu des Seventies, pensiez-vous, qui ne manquerait pas d’être emportée par la lame de fond symbolisée par Obama et ses projets de sécurité sociale ?

Hélas, j’ai le regret de vous annoncer que la partie est finie. J’espère que vous en avez profité. En une, le Monde relatait hier comment le Fonds monétaire international (FMI) a conditionné son soutien à la Lettonie et la Hongrie à la réduction de leurs dépenses publiques et plus précisément à la baisse des émoluments de leurs fonctionnaires. Trop occupé, son Directeur général n’a manifestement pas réformé la doctrine de l’institution…

Quant à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle recommande à la France, dans son rapport « objectif croissance 2009« , d’assouplir sa législation du travail et de limiter la hausse du salaire minimum.

Sans grande surprise à vrai dire, les institutions internationales, ont donc opté pour le statut quo et l’explication a minima : c’est la défaillance des régulations qui a causé la crise. Il faut instaurer de la TRANSPARENCE sur les marchés financiers.

Dans la guerre d’interprétation de ce qui est en train de se passer, les plus tenaces libéraux expliquent en fins dialecticiens que c’est la présence des Etats, même résiduelle, qui a induit la crise. En leur absence, de telles bulles spéculatives n’auraient pas enflé. Les plus modérés concèdent du bout des lèvres que la levée des entraves à la circulation des capitaux qu’ils ont supportée a eu des effets pervers inattendus. Ils estiment qu’une réforme de la finance mondiale suffira à faire disparaître les risques.

Dans le monde paradisiaque que les libéraux nous promettent après cette réforme, il n’y aura plus de crise. Ne nous attardons donc pas sur le fait que les pays où la dépense publique est forte sont aujourd’hui moins exposés aux difficultés. Inutile de constater que les pays qui ont le mieux appliqué la sauce des institutions internationales, à base de liquidation des services publics et de détricotage du droit du travail, comme les Etats-Unis, l’Angleterre ou l’Irlande, sont ceux qui plongent. Continuez comme hier puisque demain, on rase gratis.

Cette crise, pourtant largement désignée comme la plus profonde depuis la grande dépression, a donc échoué à remettre en question les certitudes libérales. Tout peut continuer comme hier. Sous des atours de recherche de la croissance mondiale mâtinée de préservation de l’environnement (!) et sournoisement assimilée au bonheur universel et à la prospérité collective, les institutions internationales peuvent persister à promouvoir la compétition entre les économies mondiales au profit d’un petit nombre de privilégiés transnationaux et refuser de chercher à limiter ce que cela a de plus destructeur.

Manifestement peu convaincu par l’attentisme des institutions, l’économiste américain de gauche Immanuel Wallerstein déclarait il y a quelques mois au Monde, « il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle ». La preuve est faite que nous ne pouvons compter que sur nous-même.

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