Qui va payer la crise ?

Derrière la vindicte de circonstance contre les bonus…

Faut-il supprimer leurs primes aux patrons ? Oui, oui et oui répondent les sondés. Et le pouvoir de parader quand les banquiers renoncent à leur bonus. Et de s’attaquer aux traders…

Quand bien même le justicier parviendrait-il à interdire le versement de dividendes aux actionnaires des groupes automobiles subventionnés, il ne ferait alors que couper les têtes qui dépassent ou l’arbre qui cache la forêt. Il serait en fait, à dessein ou non, le garant du système mondial hérité des années 1970 et de ses injustices.

Ce système reposait sur un contrat implicite : les responsables de l’économie mondiale se gavaient mais garantissaient en échange une vie relativement confortable (sous forme d’emploi et de protection sociale) à la populasse, tout au moins occidentale. Monnaie contre bouffe, piaule et loisirs pas chers, en somme. L’abandon de la lutte des classes s’est fait à ce prix.

La première partie du contrat a été respectée. Ainsi, la part des salaires des américains du centile (le 1 %) le mieux rémunéré est passée de 8 à 16 % de l’ensemble des revenus aux Etats Unis entre 1970 et 2004. Le phénomène est plus récent en France. Les revenus des Français des 9 déciles (90 %) les moins bien rémunérés ont augmenté de 1 % entre 1998 et 2006 contre 8 % pour le décile (10 %) et 18 % pour le centile (1%) le mieux payé. Les « happy few 0,01 % » ont vu leur revenu grimper de 70 %. Et encore ne parle-t-on que des revenus du travail…

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La seconde partie du contrat n’a jamais été respectée. D’abord, il y a eu le chômage. Les maîtres du monde répondaient compétitivité, coût du travail et flexibilité. Peur de perdre le peu qu’ils avaient, les pauvres et leurs représentants se sont exécutés. Maintenant, la crise est là, dûre, durable. Les responsables de l’économie mondiale n’ont pas su l’éviter. Ils ne contrôlaient rien en fait. Et ce marché était un jeu de dupe. Du racket.

Que faire maintenant ? Faut-il relancer l’économie par l’investissement ou par la relance. En d’autres termes, faut-il donner des contrats aux entreprises ou du pouvoir d’achat aux Français ?

…et l’imposture du débat relance par l’investissement ou par la consommation…

Les partisans de la première option observent que, quitte à creuser le déficit, autant doter le pays d’infrastructures qui lui feront gagner les défis de demain (et autre stupidité du genre). Ils soulignent aussi que les manufactures chinoises seraient les principales bénéficiaires d’une relance par la consommation, ce qui n’est pas le but, faut-il le rappeler.

En face, on se demande malicieusement quel avantage compétitif confèrera à notre cher pays le plan de rénovation des cathédrales. On souligne que les projets du secteur des transports ne sont ni plus ni moins que ceux gelés par le Grenelle de l’environnement. Surtout, on note que  la mise en oeuvre du plan de relance dans le bâtiment (quand le bâtiment va, tout va ?) et l’automobile sera longue et son effet dilué.

Finalement, il semble qu’il n’y ait pas de solution miracle. De la monnaie sonnante et trébuchante dont une partie s’évadera vers l’Asie ou de l’argent introduit dans le tortueux circuit du bâtiment et de l’automobile. La vraie question est ailleurs. Qui va payer la crise ? Qui va payer ce plan de relance et les suivants bien sûr mais aussi les manques de rentrées fiscales jusqu’au retour de la croissance ?

se cache la seule vraie question : Qui va payer la crise ?

Selon la cour des comptes, l’endettement de la France qui représente actuellement 64 % de son PIB, soit 50.000 euros par actifs, pourrait  s’élever  à plus de 80 % du PIB en 2012. Je vous laisse faire le calcul. Le gouvernement feint de croire que la croissance permettra de redresser ces comptes. Mais surtout, il continue de réduire les « dépenses de fonctionnement », en fait le nombre de fonctionnaires et le service public avec. Il n’est nullement question de hausses d’impôts. Il arbitre donc clairement en faveur d’un paiement de la crise par les pauvres.

En fait, le gouvernement utilise ces deux faux débats pour détourner l’attention des Français sur les deux seules questions qui vaillent. Est-il légitime que les pauvres paient la crise dont ils sont les victimes et non les responsables ? Le racket doit-il continuer ?

Pour aller plus loin :

Où il est démontré que la caste des nantis s’en fout plein les fouilles.

Taxer les hauts revenus

Introuvables inégalités de salaires

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6 comments so far

  1. dagrouik on

    La notion de contrat implicite est très juste, en gros tant que le volume de précaires requis pour que le bouzin tourne était supportable , ça allait.

    Là ce volume croit et le monstre réclame plus de sacrifice et ne protège plus que 25 ou 30% de la population, celle qui n’a pas peur pour son avenir dans les sondages.

    N’oublions pas le gros racket sur le PIB !

    Il faut aussi se souvenir que depuis 2002, avec les baisses d’impôts sur les tranches supérieurs et la diminution du nombre de tranche on a une perte sèche de 10 ou 15 milliards d’euros par an. Je cite les chiffres de mémoire, ça demande a être creusé. Tout ça rajoute de la dette ou des manques en terme de budget de fonctionnement.

  2. jon on

    C’est bon ça coco !
    Encore un lucide…

  3. homopoliticonumeric on

    Je pense qu’il faut creuser et sortir quelques chiffres choc pour faire comprendre aux pauvres qu’ils ont intérêt à ne plus se laisser séduire par n’importe quel excité … Tu as commencé notamment dans les deux billets que je cite. Il faut continuer.

  4. homopoliticonumeric on

    ouai et ça fait mal

  5. dagrouik on

    Exact, sortir les statistiques macro leur évolution. Comme le fait par exemple Larrouturou.

    J’ai la main sur le rapport du Sénat cité par Meluche, qui explique que les importations « de base » génèrent en gros 80% de chiffre local. Ça m’a paru énorme, mais intéressant.

    Tout est la dedans
    http://www.senat.fr/noticerap/2008/r08-169-notice.html

  6. […] ce qui se profile chez nous dans quelques mois, quelques années. Le déficit va grimper, grimper… Et il ne restera d’autres solutions que de d’en finir avec l’Ecole, […]


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